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Marie Rose Moro
marie rose Moro
Psychiatre, Professeur des Universités
Directrice de la maison des adolescents de Solenn, Hôpital Cochin
 

Blog



Pour mes vœux  transculturels de nouvelle année, je vous propose ce beau mot, qui est aussi le titre d’une jolie chanson de France Gall qui, malheureusement vient de nous quitter. Il est nécessaire de résister joyeusement à l’inertie, à la mélancolie, au découragement, à l’injustice, à l’inhospitalité ambiante qui voudrait qu’on ne peut accueillir toute la misère du monde, qu’on ne peut accueillir l’autre, le réfugié, l’étranger, celui qui quitte sa douce maison ou sa terre en feu. Mais si on le peut ! Mais si on peut permettre aux migrants et à leurs enfants de co-construire la société française de demain. Mais si on peut résister ! Le paradoxe c’est que cette résistance nous rend plus forts, plus bienveillants et plus fraternels. Il faut donc prouver que notre souci transculturel existe et qu’il participe à la douceur et à la beauté du monde. Que ce souci transculturel nous permette d’agir localement et de penser le monde, telle est la devise de la mondialité telle que la définit le poète Glissant. Adage que nous faisons nôtre à la Revue L’autre (www.revuelautre.com), à l’Association Internationale d’Ethnopsychanalyse qui publie Métisse (www.clinique-transculturelle.org), au Centre Babel (www.Transculturel.eu) et dans tous nos lieux d’actions au quotidien avec les migrants et leurs enfants.
Que l’année 2018, soit celle de la mondialité fraternelle qui résiste et qui accueille l’autre, pas seulement comme si c’était mon père ou ma mère mais comme si c’était moi.

Rédigé par Marie Rose Moro le Vendredi 12 Janvier 2018


J’ai expérimenté très tôt qu’on pouvait guérir les êtres humains par les mots…
J’avais expérimenté très tôt le plaisir de consoler. Je me rappelle combien j’avais été touchée par la tristesse et la solitude d’une vieille dame du village où j’ai grandi. Elle s’appelait Mathilde. Je passais régulièrement devant sa fenêtre et je la voyais les yeux dans le vide, de beaux yeux bleus entourés de cheveux très blancs. J’ai décidé qu’il fallait la sortir de là. J’avais une dizaine d’années. Un jour de début de printemps, je me suis arrêtée devant sa fenêtre et j’ai discuté avec elle. Je lui ai demandé pourquoi elle était si triste. “Je suis vieille, plus rien ne me fait envie, et j’ai beaucoup de mal à lire.” Je la savais passionnée par les romans photos publiés dans Nous Deux. “ Oui, c’est vrai, mais, je n’arrive plus à les lire maintenant”. Qu’à cela ne tienne ! “Et bien moi, je vais vous raconter les romans photos” lui ai-je alors proposé. Je décrivais l’image, je lisais la légende et parfois même, je commentais et Mathilde donnait son interprétation ou même parfois, elle donnait une autre version que celle que l’auteur proposait. Tous les jours où presque, je passais lire des romans photos à Mathilde qui m’attendait comme le messie. J’ai ainsi expérimenté, très tôt, que l’on pouvait, par des mots et par des histoires, réanimer un être humain.

Rédigé par Marie Rose Moro le Mardi 2 Janvier 2018


J’ai été invitée à Amsterdam par les psychiatres de la section transculturelle de l’Association néerlandaise de psychiatrie. Un bel accueil et une journée consacrée au travail clinique avec les migrants aux Pays Bas. J’ai rencontré ici plein de psychiatres de différents pays dont des afghans, plus qu’il en existe en Afghanistan. Un de ces psychiatres est une femme, passionnante de surcroit. A la fin de cette grande journée de travail, les organisateurs, comme il se doit aux Pays Bas, m’offre un gigantesque bouquet de fleurs. Tout le monde le sait, je suis gourmande et j’aime les fleurs… Je repars heureuse de ces échanges et je profite de cette belle brassée de fleurs en les regardant avec tendresse. Très vite, je me rends compte que sur le chemin qui m’amène à la Gare centrale, tout le monde me sourit. Je me dis que les Hollandais sont décidément charmants mais très vite je comprends que ce sont mes fleurs qui attirent la sympathie. Tout le monde les remarquent et les regardent avec bienveillance. J’imagine qu’ils se demandent pourquoi je cours dans les rues puis dans les couloirs avec cet immense bouquet. Ils m’inventent des vies… Je leurs souris à mon tour. Merci à tous les amis qui m’ont invité à cette journée, Reinout,  Huug, Mario, Marina… et plein d’autres. Et merci de m’avoir offert de belles fleurs hollandaises…

Rédigé par Marie Rose Moro le Vendredi 15 Décembre 2017


Mercredi 15 novembre, nous apprenions, médusés, que la grande Françoise Héritier nous avait quittés. Nous ne lui avons pas dit au revoir encore mais nous sommes déjà si tristes d’avoir perdu cette figure de proue, cette intellectuelle engagée dans la cité, qui aimait aussi bien les mots que les causes justes et qui les défendaient avec chaleur, sourire, modestie mais détermination. Claude Lévi-Strauss disait d’elle qu’elle avait un « cerveau d’homme » comme elle l’a rappelé avec malice, il y a peu. Non non ! Elle avait le cerveau de ce qu’elle était, une femme, une grande femme qui se mettait facilement à la place des autres femmes, les défendait et aimait être leur amie. Récemment (1) , elle a soutenu le mouvement « Me too » qui a permis à des femmes blessées de sortir de leur silence. Elle était à la fois d’une grande rigueur scientifique mais elle aimait aussi les déambulations de toutes sortes. Sur le plan anthropologique, elle a passé sept ans chez les Samo du Burkina Faso où elle a étudié leurs systèmes de parenté, leurs alliances matrimoniales mais aussi les représentations qu’ils avaient de leurs corps et de la circulation des humeurs ou le travail féminin du quotidien qui ne s’arrête jamais. Puis en 1982, elle a succédé à Claude Lévi-Strauss au Collège de France, à la Chaire d’anthropologie. Elle a été la seconde femme à rentrer au Collège après Jacqueline de Romilly, helléniste. Au-delà de son concept de valence différentielle des sexes, elle a construit une véritable pensée de la différence, comme elle l’explique si simplement dans le beau film de Teri Wehn Damisch (2) que l’on peut encore voir en ce moment. Mais elle aimait aussi les mots justes, elle aimait enlever le voile des mots pour nous permettre de mieux comprendre, de mieux percevoir le monde, ses structures et ses apories. Ces voyages aussi bien anthropologiques que littéraires, elle les faisait avec curiosité, gourmandise et ce qu’elle appelait, l’esprit d’escalier et l’enthousiasme de la débutante (3) . Elle aimait pleurer de rire, trinquer dans un bar d’autoroute avec des chauffeurs de poids lourds… Elle imaginait la vie, sa vie dont elle ne voyait pas pourquoi elle suscitait tant d’intérêt, comme celle des autres, comme une course de haies qui se succèdent et quelque chose en plus, le sel de la vie qu’elle définissait ainsi : « II y a une forme de légèreté et de grâce dans le simple fait d'exister, au-delà des occupations, au-delà des sentiments forts, au-delà des engagements, et c'est de cela que j'ai voulu rendre compte. De ce petit plus qui nous est donné à tous : le sel de la vie » (4) .
 
Je l’ai entendu expliquer ses grands concepts comme la valence différentielle des sexes ou l’inceste du deuxième type et sa philosophie de vie à mes enfants avec simplicité mais justesse. Et même petits, ils ont parfaitement compris les enjeux. Avec Françoise, on se sentait tous tellement plus intelligents, petits et grands. J’espère que nous pourrons garder ce souvenir et cette force longtemps, pour continuer ce combat qui est celui de la curiosité du monde, de la fraternité et du sel de la vie. 
 
La revue L’autre avait fait une grande interview de Françoise Héritier, retrouvez là :
https://revuelautre.com/entretiens/une-anthropologue-dans-la-cite/
 

(1) Emission la Grande librairie de François Bunel sur France 5 du 9 novembre 2017.
(2) La Pensée de la différence, 2008, France 5, CNRS.
(3) Comme on peut le voir dans Le sel de la vie, ce best-seller sorti en 2012 chez Odile Jacob  ou Au gré des jours, sorti ces jours ci chez le même éditeur.
(4) Présentation du Sel de la vie par elle-même.

Rédigé par Marie Rose Moro le Lundi 20 Novembre 2017


Tim, l’art de la conversation polyglotte dans un salon de beauté
J’ai rencontré Tim dans un salon de beauté du 13ème arrondissement de Paris, le quartier que l’on dit chinois. Tim parle le vietnamien comme sa mère, le cambodgien comme son père, le chinois mandarin comme sa grand-mère maternelle et bientôt, le français, quand elle rentrera à l’école. Elle est née à Paris dans ce quartier chinois où vivent et travaillent ses parents. Tim a trois ans. C’est une petite fille belle et vive qui vient au salon de beauté de sa mère papoter et se faire choyer par toutes les dames qui s’occupent de la beauté d’autres dames. Sa mère m’interroge : je crois que vous connaissez les enfants ? Nous avons raison, n’est ce pas, de parler toutes ces langues à Tim ? Quand elle sera grande elle sera chanceuse ! Oui elle sera chanceuse et polyglotte ! Et Tim continue d’aller d’une cliente à une autre, d’une esthéticienne à une autre, pour échanger quelques mots, un sourire et parfois un petit jeu. Quelle aisance et quel plaisir de voir cette petite fille capable de passer, d’une langue à l’autre, d’un monde à l’autre, d’une histoire à une autre. Une chance assurément.


 

Rédigé par Marie Rose Moro le Samedi 28 Octobre 2017


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