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Marie Rose Moro
marie rose Moro
Psychiatre, Professeur des Universités
Directrice de la maison des adolescents de Solenn, Hôpital Cochin
 

On a tardé à reconnaître les effets des traumas sur les bébés et les jeunes enfants. Sans doute, cela découle de multiples raisons qui se potentialisent. On pourrait énumérer quelques allégations en vrac véhiculées par le sens commun mais aussi la littérature scientifique : les jeunes enfants ne se rendent pas compte de ce qu’ils vivent, ils oublient facilement en grandissant, ils transforment tout en jeu… Et tant d’autres arguments qu’à certaines périodes les uns et les autres s’évertuent à démontrer : les jeunes enfants n’engrangent pas les traces mnésiques, ils oublient à mesure ou ils n’ont pas de métacognition suffisante ou encore, ils n’ont pas de représentation suffisante de la mort et donc ils n’ont pas peur de la mort. Ils penseraient la mort comme transitoire et donc ne feraient pas de lien entre l’événement violent et la mort réelle et brutale…

Rédigé par Marie Rose Moro le Mardi 28 Juin 2011


Le procédé est bien connu, il n’en reste pas moins révoltant. On désigne un coupable, facile, vulnérable et on construit une fausse évidence qu’ensuite on déclare avoir été démontrée par les statistiques ou le terrain. La violence des enfants serait liée à la polygamie, faux. Les jeunes filles de familles musulmanes sont obligées de se voiler, faux. La Bourqha est un problème de sécurité en France, faux. Et tant d’autres allégations mensongères dont on trouvera toujours quelqu’un qui transformera un fait divers ou un cas particulier en règle générale. On a donc entendu ces derniers jours, que la grande majorité des échecs scolaires en France est celle des enfants de migrants sans prendre la peine de lire les travaux sur ce sujet. Si on les lit, on apprend plusieurs choses importantes  et qui permettent de comprendre et d’agir et ce depuis longtemps déjà. Nombre de travaux français et européens ont été faits sur ce sujet, statistiques, sociologiques, psychologiques, linguistiques ou ethnopsychiatriques.

Rédigé par Marie Rose Moro le Jeudi 2 Juin 2011


L'objectif de ce livre est de mettre à la disposition de tous (enseignants, éducateurs, médecins, infirmières, psychiatres, psychologues, etc.) les données de la clinique transculturelle pratiquées par l'auteur et son équipe à l'hôpital d'Avicenne. En effet, soigner les immigrés et leurs enfants a permis, ces dernières années, de mettre au jour les souffrances spécifiques de ces familles et les obstacles sociaux et culturels rencontrés au quotidien par leurs enfants. Dénoncer des a priori universalistes idéologiques et abstraits et penser ces enfants d'ici venus d'ailleurs dans leur complexité, leur singularité, respecter la différence de leurs parents permettra de mieux les comprendre, les aider, les éduquer, les soigner. Le défi est de taille, c'est celui du métissage et de l'avenir des sociétés modernes confrontées aux mouvements internationaux de migration. Une réflexion brûlante d'actualité!

Rédigé par Marie Rose Moro le Lundi 30 Mai 2011


Je viens de quitter Dôle, dans le Jura, où a eu lieu le 12ème colloque de la revue L’autre sur « Apaiser les bébés, les enfants et les adolescents ». Quel beau titre choisi par notre ami Jonathan Ahovi, un être, un thérapeute, un psychiatre, un collaborateur… exceptionnel. Il est à la fois profond et créatif, modeste et profondément original. Et il incarne la convivialité. Généreux sans limite et sachant créer des liens humains et professionnels forts et singuliers. Le colloque était à mon sens, important et riche. Il marque un tournant dans l’évolution de notre discipline transculturelle qui se diversifie de plus en plus, se laisse affecter par les styles de personnalités qui incarnent la théorie et qui s’approfondissent. J’étais fière de voir toutes ces équipes de Bordeaux, Clermont Ferrand, Paris, Bobigny, Dôle et Besançon, Bruxelles, Luxembourg mais aussi des équipes émergences en Côte d’Ivoire, en Argentine, au Brésil….

Rédigé par Marie Rose Moro le Vendredi 20 Mai 2011


La force des a priori est grande. On ne voit que ce que l'on est capable de voir et de penser. Et que se passe t-il, quand comme dans notre pays pourtant si tempéré, les enfants, les adolescents, les femmes et les hommes sont victimes de discriminations du fait de leur couleur de peau, de leur histoire, de leurs appartenances ? Rien ou pas grand chose puisque nous ne voulons le voir et avons bien peu d'outils pour le penser. Chacun peut réussir selon son mérite, ah vraiment ? Alors pourquoi dans nombre d'assemblées à la Faculté, à l'hôpital, dans les journaux... dans les lieux de pouvoir, les groupes sont majoritairement (et de manière écrasante) blancs comme le faisait remarquer récemment dans notre séminaire sur les Identités, le sociologue Eric Fassin et masculins, pourrions nous ajouter ? Par ajustements implicites et sans racisme caractérisé mais pourtant existant, on réplique le même avec bien peu de place pour la diversité. Les discriminations sont nombreuses qu'elles concernent la couleur ou l'appartenance comme le montre l'historien Pap Ndiaye et nos difficultés à penser la culture encore fortes. Et parmi ceux qui se risquent à la penser, il en est toujours qui veulent la dissoudre dans le social. Or diversité culturelle et classes sociales, deux paramètres importants ne se résolvent pas l'un à l'autre, chacun doit être considéré pour ce qu'il est. Et l'ensemble de ces paramètres devraient être pensés par le politique. La droite les caricature et tient des propos excluant, la gauche n'ose pas s'en emparer de peur de dissoudre la question sociale. Et on avance à pas lents dans la reconnaissance des discriminations.    

Paris

Rédigé par Marie Rose Moro le Mercredi 13 Avril 2011


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