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Marie Rose Moro
marie rose Moro
Psychiatre, Professeur des Universités
Directrice de la maison des adolescents de Solenn, Hôpital Cochin
 

Le monde dans notre salle d'attente





Regardez vos patients, c’est le monde ! Nous dit en substance Daniel Derivois, un collègue très sensible à la clinique de la mondialité. Je me mets alors à penser à mes patients de ces derniers mois, ceux dont le reflet est resté à l’intérieur de moi et je me dis, qu’effectivement il a raison, la clinique n’a plus de frontières et qu’il est temps de prendre cela en compte, sérieusement avec des concepts adaptés à l’ampleur du monde. Je me souviens alors de Sana, une jeune fille vivant à Mantes La Jolie, élève brillante en terminale scientifique qui, depuis quelques mois,  a des nausées par intermittence et maigrit de manière si importante et rapide qu’elle doit être hospitalisée avec des risques vitaux. Les pédiatres désemparés ne trouvent aucune cause organique à ses symptômes. Rien ne peut plus rentrer dans sa bouche. Elle est née en France de parents maliens, musulmans, peu pratiquants et depuis que ces étranges nausées l’assaillent, elle a décidé de se voiler. Progressivement, on ne voit plus aucune partie de sa peau, juste quelques centimètres de visage. Moins elle mange, plus elle se voile. Elle prie cinq fois par jour et n’a guère de temps pour aller à l’école. Son père est fier de sa conversion même s’il se demande pourquoi elle en fait tant ? Sa mère ne comprend pas pourquoi elle ne profite pas de son adolescence en France pour avoir des amis et s’initier à la séduction. Au-delà des différents regards posés sur elle, elle tente de se cacher dans une éblouissante clarté. Sana aurait pu être dans la salle d’attente mondialisée de Daniel Derivois et dialoguer avec lui.
 

De même que Lee qui est née en France de parents intellectuels chinois réfugiés ici qui ont trois filles qui, toutes les trois, les unes derrière les autres, sont rentrées dans l’anorexie en refusant de manger du riz, devant le regard horrifié de leurs parents. Plus aucun grain de riz. Lee, My et Françoise ont inscrit dans leurs corps leurs difficultés à se métisser mais aussi, par le symptôme, la recherche désespérée d’un métissage. Et en guérissant de leur anorexie, elles ont trouvé une manière d’être inscrites non seulement en France et en Chine, mais dans le monde. Ou encore, Suryvan né aussi ici, en terre d’exil de ses parents, réfugiés politiques du Sri Lanka qui a fait une tentative de suicide grave à la suite de la mort de sa mère d’un cancer. Suryvan à la fois triste et en colère n’arrive plus à trouver sa manière d’agir sur le monde en l’absence de sa mère. Un rêve où sa mère lui demande une offrande et lui dit que le monde des morts n’est pas pour lui, lui permettra de se penser de nouveau vivant… Tous ces adolescents sont des analyseurs de la mondialité. Ils inventent ce que Daniel Derivois appelle « une pensée du déménagement ». 

Marie Rose Moro




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