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Marie Rose Moro
marie rose Moro
Psychiatre, Professeur des Universités
Directrice de la maison des adolescents de Solenn, Hôpital Cochin
 

Je vous écris de Beijin





Ici en Chine où je suis en voyage, j’ai d’abord été étonnée par la modernité et la nouveauté. Tout est neuf autour de moi dans cet hôtel où je viens d’arriver dans l’hypermoderne cité olympique. Chacun s’affaire en tous sens. Je retrouve aussi cette position que l’on trouve si peu chez nous, on s’accroupit dans la rue pour se reposer, pour travailler, pour parler tranquillement avec des amis, pour donner un biberon à un enfant… Tout proche de la terre, avec une agilité qui m’émerveille. Au Pakistan, où j’ai travaillé avec les réfugiés afghans, cette position était la même. La langue anglaise est très peur répandue et il faut s’habituer à ne pas comprendre et ne pas être comprise ; ceci rend modeste et vous oblige à développer une sensibilité à l’autre différente qui passe, moins par les mots, et plus par l’observation. Dans la ligne 5 du superbe et rutilant métro de Beijin, celle qui va de Tiantongyuan à Songiazhuang, j’ai rencontré un homme infirme accompagné d’une jeune femme aveugle qui tendaient la main pour mendier, personne ne leur donnait rien. Cinq heures plus tard, quand je suis rentrée par la même ligne de métro, j’ai vu ces deux personnes continuer à tenter d’inspirer pitié à une foule qui les ignorait.

Dans le métro, chacun vous bouscule sans même s’en rendre compte. Les rapprochés corporels ne sont pas vécus comme des effractions. Personne ne s’en offusque. C’est vraiment une habitude culturelle. J’ai aussi croisé un homme qui avec un diable branlant déménageait ses maigres biens : une table pliante, un matelas bien usé, une couverture, un drap et une boite en polystyrène qui contenait peut être des souvenirs, me suis-je dit, une assiette, un verre, des couverts peut-être. Et ces quatre hommes assis sur leurs balluchons qui semblaient venir de la campagne et qui avaient un air effrayé et inquiet. L’un d’eux me voit et se met à rire, il donne un coup de coude à son voisin, qui lève son regard vers moi et qui rit à son tour. Je les amusais visiblement. Je me suis demandée si c’était parce que j’étais une occidentale et qu’ils avaient peu eu l’occasion d’en rencontrer… Ces enfants enfin qui sur la belle place Tiennanmen couraient en tous sens avec des pantalons fendus, sans doute parce que, par encore propres. C’est pratique pour apprendre la propreté aux enfants mais je n’avais pas vu de telles manières de faire, ailleurs. J’ai souvent vu des enfants fesses nues pour apprendre à être  propres mais ces pantalons fendus m’amusaient. La différence est toujours source de sourire ; elle nous surprend, nous touche, elle m’émeut souvent. Les femmes se protègent du soleil de mille et une manières, avec de belles ombrelles, avec des parapluies, avec des manches en tissu blanc qu’elles mettent sur leur bras pour les cacher du soleil, avec des gants qui dissimulent leurs mains blanches. Aucune valorisation du bronzage et comme partout, cette terrible hiérarchie entre le clair et le foncé. Plus on est clair, plus on est distingué. J’ai appris que tous les enfants ont au moins deux prénoms, l’un qui leur est donné à leur naissance et qui contient les attentes des parents : ainsi une jeune femme rencontrée et qui littéralement s’appelait « paix et bonheur » en chinois mandarin. Lors de l’entrée à l’école, ce prénom deviendra une sorte de sobriquet uniquement utilisé par les membres de la famille et un second prénom sera donné aux enfants, le nom du livre comme le nommait mon amie chinoise ; ce prénom contiendra les aspirations des parents à l’égard du monde extérieur « intelligence et élégance ». 

 Beijin, le 3 juin 2010

Marie Rose Moro




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