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Marie Rose Moro
marie rose Moro
Psychiatre, Professeur des Universités
Directrice de la maison des adolescents de Solenn, Hôpital Cochin
 

Certes, rien n’est acquis, les politiques, les politiques publiques qui sont si peu publiques justement et essentiellement comptables à court terme, peuvent vouloir remettre en question nos acquis en ce qui concerne les soins adaptés aux migrants, comme par exemple la nécessité absolue de la traduction, d’une traduction bienveillante qui est la première étape de l’hospitalité et l’éthique même de la rencontre. Même si aujourd’hui pour des raisons populistes, les responsables au pouvoir flattent les penchants xénophobes des groupes en situation de crise ou des personnes qui se sentent menacées, ils savent que nous avons raison.

Rédigé par Marie Rose Moro le Mercredi 14 Juillet 2010


Ici en Chine où je suis en voyage, j’ai d’abord été étonnée par la modernité et la nouveauté. Tout est neuf autour de moi dans cet hôtel où je viens d’arriver dans l’hypermoderne cité olympique. Chacun s’affaire en tous sens. Je retrouve aussi cette position que l’on trouve si peu chez nous, on s’accroupit dans la rue pour se reposer, pour travailler, pour parler tranquillement avec des amis, pour donner un biberon à un enfant… Tout proche de la terre, avec une agilité qui m’émerveille. Au Pakistan, où j’ai travaillé avec les réfugiés afghans, cette position était la même. La langue anglaise est très peur répandue et il faut s’habituer à ne pas comprendre et ne pas être comprise ; ceci rend modeste et vous oblige à développer une sensibilité à l’autre différente qui passe, moins par les mots, et plus par l’observation. Dans la ligne 5 du superbe et rutilant métro de Beijin, celle qui va de Tiantongyuan à Songiazhuang, j’ai rencontré un homme infirme accompagné d’une jeune femme aveugle qui tendaient la main pour mendier, personne ne leur donnait rien. Cinq heures plus tard, quand je suis rentrée par la même ligne de métro, j’ai vu ces deux personnes continuer à tenter d’inspirer pitié à une foule qui les ignorait.

Rédigé par Marie Rose Moro le Jeudi 3 Juin 2010


Banaux mais sublimes familiers mais inquiétants tels sont nos adolescents d’aujourd’hui et de demain, d‘ici et d’ailleurs… On dit les aimer, souvent ils nous intriguent et trop souvent, ils nous font peur. Les regards sur nos adolescents doivent être interrogés, l’évolution des savoirs et des manières de faire avec eux, aussi. On dit en effet, que c’est le plus bel âge de la vie et c’est souvent ainsi. Pourtant, en même temps on l’associe à l’ennui, à la révolte, aux transgressions, aux questionnements identitaires ou au besoin d’utopie. On l’oublie dés qu’on en est sorti, au moins en partie et dans ses aspects les plus spécifiques. Pourtant on cherche à retrouver notre adolescence dés que l’occasion se présente, c’est le fameux « jeunisme » auquel on a du mal à échapper si on en croit les magazines.

Rédigé par Marie Rose Moro le Mercredi 19 Mai 2010


Comme le disaient les Anciens, les mots qu’on choisit nous piègent. Il en est ainsi du faux débat sur « l’identité nationale » qui n’a de débat que le nom. Comme tous ceux qu’il est convenu d’appeler les élites de la diversité, j’ai honte des modalités de ce débat national prescrit par l’Etat et mené par lui. Il en prescrit même les questions et les réponses, le cadre, les éléments du dialogue… Et, comme d’autres qui pourtant font de cette question leur intérêt quotidien, j’ai renoncé, par dégoût. Ce débat va contribuer encore plus au brouillage des repères et à des associations malveillantes entre identité et immigration. Tout au contraire, devrait on permettre sur cette question, des complexités, des opacités, des inventions, des rêveries. Se défouler, flatter les préjugés les plus faux et simplistes, n’a jamais été une source de progrès ni de lien social. Alors, comme on dit en médecine, d’abord, ne pas nuire.

Paris, le 13 décembre 2009

Rédigé par Marie Rose Moro le Dimanche 13 Décembre 2009


S’il existe une deuxième génération dite d’enfants de migrants particulièrement visible à  l’adolescence, c’est par ce que selon moi, il existe une expérience sociale partagée qui est celle d’être considéré comme « enfants de migrants » ou « d’être de seconde génération » selon les mots utilisés par Pap Ndiaye (2007)  pour justifier la catégorie « Noirs de France ». Si l’on crée une catégorie, selon une manière de penser qui nous vient des Etats Unis, c’est qu’il y a présomption de discrimination. Ce n’est pas tant une essence que d’être « Noir » ou « Enfant de migrants », qu’une expérience de discrimination, une expérience sociale partagée que les adolescents eux-mêmes d’ailleurs cherchent à faire disparaître, « Je suis comme les autres » «  comme ceux qui sont nés ici » … En d’autres termes, et toujours pour utiliser les mots de Pap Ndiaye (Ibid, p.87) que je choisis d’appliquer à la catégorie « Enfants de migrants » : s’il y a des enfants de migrants en France et en Europe, c’est parce que socialement on les considère comme tels. Etre « Enfants de migrants » comme « Etre Noir » procède d’une identité non pas choisie par les adolescents eux-mêmes mais prescrite souvent à travers des expériences sociales marquées par des processus de domination divers, de rencontres désagréables avec les institutions en commençant par l’Ecole chez les plus petits et avec l’ensemble de la société y compris la Justice et la Police pour les plus grands. Pap Ndiaye a proposé pour comprendre la construction de la catégorie « Noirs » que nous appliquons pour notre part à l’ensemble de la seconde génération, la distinction entre identité « fine » et « épaisse ». Distinction très utile pour nous. « L’identité fine est le plus petit dénominateur commun qui rassemble un groupe donné à travers une identité prescrite » (Ibid.). La catégorie « Enfants de migrants » procède selon nous de l’identité fine. « L’identité épaisse, elle relève de la culture et des origines partagées des groupes sociaux. Elle s’exprime à travers un monde associatif riche, basé sur les origines » (Ibid., p 88). La seconde génération n’est donc pas une revendication des enfants et adolescents eux-mêmes mais un regard collectif sur eux qu’il convient d’assumer et d’étudier pour le transformer, pour en faire une force, une nouvelle créativité.
Se taire, c’est au contraire subir et n’avoir aucun moyen de maîtriser et de transcender les risques de la situation transculturelle.   

Rédigé par Marie Rose Moro le Mardi 28 Juillet 2009


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