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Marie Rose Moro
marie rose Moro
Psychiatre, Professeur des Universités
Directrice de la maison des adolescents de Solenn, Hôpital Cochin
 

Je viens de quitter Dôle, dans le Jura, où a eu lieu le 12ème colloque de la revue L’autre sur « Apaiser les bébés, les enfants et les adolescents ». Quel beau titre choisi par notre ami Jonathan Ahovi, un être, un thérapeute, un psychiatre, un collaborateur… exceptionnel. Il est à la fois profond et créatif, modeste et profondément original. Et il incarne la convivialité. Généreux sans limite et sachant créer des liens humains et professionnels forts et singuliers. Le colloque était à mon sens, important et riche. Il marque un tournant dans l’évolution de notre discipline transculturelle qui se diversifie de plus en plus, se laisse affecter par les styles de personnalités qui incarnent la théorie et qui s’approfondissent. J’étais fière de voir toutes ces équipes de Bordeaux, Clermont Ferrand, Paris, Bobigny, Dôle et Besançon, Bruxelles, Luxembourg mais aussi des équipes émergences en Côte d’Ivoire, en Argentine, au Brésil….

Rédigé par Marie Rose Moro le Vendredi 20 Mai 2011


La force des a priori est grande. On ne voit que ce que l'on est capable de voir et de penser. Et que se passe t-il, quand comme dans notre pays pourtant si tempéré, les enfants, les adolescents, les femmes et les hommes sont victimes de discriminations du fait de leur couleur de peau, de leur histoire, de leurs appartenances ? Rien ou pas grand chose puisque nous ne voulons le voir et avons bien peu d'outils pour le penser. Chacun peut réussir selon son mérite, ah vraiment ? Alors pourquoi dans nombre d'assemblées à la Faculté, à l'hôpital, dans les journaux... dans les lieux de pouvoir, les groupes sont majoritairement (et de manière écrasante) blancs comme le faisait remarquer récemment dans notre séminaire sur les Identités, le sociologue Eric Fassin et masculins, pourrions nous ajouter ? Par ajustements implicites et sans racisme caractérisé mais pourtant existant, on réplique le même avec bien peu de place pour la diversité. Les discriminations sont nombreuses qu'elles concernent la couleur ou l'appartenance comme le montre l'historien Pap Ndiaye et nos difficultés à penser la culture encore fortes. Et parmi ceux qui se risquent à la penser, il en est toujours qui veulent la dissoudre dans le social. Or diversité culturelle et classes sociales, deux paramètres importants ne se résolvent pas l'un à l'autre, chacun doit être considéré pour ce qu'il est. Et l'ensemble de ces paramètres devraient être pensés par le politique. La droite les caricature et tient des propos excluant, la gauche n'ose pas s'en emparer de peur de dissoudre la question sociale. Et on avance à pas lents dans la reconnaissance des discriminations.    

Paris

Rédigé par Marie Rose Moro le Mercredi 13 Avril 2011


Blog



J’ai lu un livre passionnant écrit par Aya Cissoko et Marie Desplechin (Paris, 2011, Calmann-Levy) sur la trajectoire de cette étudiante de sciences po qui a traversé tant de mondes déjà : née de parents maliens, Aya qui porte le nom de la femme qui a élevé son père et à laquelle il était très attaché, a eu une enfance parisienne à Ménilmontant, une enfance délicieuse "de petite fille noire aux collants verts", aimée de son père qu’elle perdra dans un incendie ainsi que sa petite sœur. Elevée par sa mère dans le respect du danbé, la dignité en malinké, Aya apprend à surmonter les épreuves et à faire de la douleur, du deuil et de la différence, une nouvelle créativité et une force. Ce qui me frappe aussi dans ce livre écrit à deux mains, c’est le regard bienveillant qu’elle porte sur la trajectoire de son père, cet homme parti à l’aventure, parti "faire l’aventure" comme on dit là-bas, cet homme qui marche, comme on dit aussi pour parler de l’exil et du voyage. Cela fait tellement de bien aux enfants de connaître l’histoire de leurs parents migrants mais parfois les douleurs de l’exil ou celles de la vie empêchent la parole et c’est un des premiers actes de toute consultation transculturelle, raconter le voyage des parents. Dans la société française aussi, on pourrait valoriser ces trajectoires et ces récits de femmes et d'hommes, parfois d'enfants, dignes qui viennent vivre chez nous et faire la force de notre société... 

Paris

Rédigé par Marie Rose Moro le Dimanche 3 Avril 2011


Prise par l'action au quotidien, je n'ai pas ces derniers mois écrit sur ce blog. Il s'est par ailleurs passé tellement de choses: la révolution de jasmin en Tunisie -  j'ai prété mon blog à mon ami Najib Djaziri pour qu'il puisse dire avec ses mots qui, mieux que les miens, expriment la nécessité du soulèvement collectif et le renouveau des pensées et du lien collectif. Il y a eu ensuite celle de l'Egypte, anticipée par aucun des experts, tant ces mouvements de fonds s'imposent brutalement quand ils sont mûrs. Il y a eu des commencements dans plusieurs autres pays du monde arabe et, maintenant, la Libye qui pose la question du statut d'une intervention brutale du monde occidental comme si on gagnait la paix en faisant la guerre. Une guerre qui s'impose aujourd'hui, alors qu'hier il n'était même pas question de soutenir les forces de résistances internes à la Libye elle-même. Penser la complexité des contextes et la détermination des acteurs qui vivent ces situations, soutenir leurs propres mouvements est sans doute une position moins spectaculaire mais plus respectueuse des êtres, des lieux et de leurs propres voix.    

Paris

Rédigé par Marie Rose Moro le Mercredi 23 Mars 2011


Parfois, après une consultation particulièrement difficile avec un homme ou une femme migrante qui vient consulter pour son adolescent ou son enfant et qui parle de son exil comme d’une errance, je pense aux mots du penseur arabe du Xème siècle, le grand al-Tawhîdî que m’a fait connaître un ami tunisien érudit et passionné des mots et de ces questions, Najib Djaziri. Voici les mots d’al-Tawhîdî : « Tu m’as demandé de te parler de l’étranger et de ses malheurs et de te décrire l’exil et ses merveilles. Ô toi ! L’étranger est celui qui a vu se coucher le soleil et sa beauté, qui a quitté les yeux de sa bien-aimée, qui est devenu étrange dans son dire et dans son faire, dans son vêtement et ses mouvements. Ô toi ! Celui que sa description évoque un malheur au-delà de tout malheur ; celui dont le nom suggère une discorde au-delà de toute discorde ; celui qui a du mal à cacher sa vérité ; celui qui est présent dans son absence et absent dans sa présence ; qui quand tu le vois, tu ne le reconnais pas et quand tu ne le vois pas, tu ne peux l’imaginer : c’est lui l’étranger ! (…) tu vois, cet étranger est vaincu par les jours, cerné par la tristesse de toutes parts, assailli par les idées noires, plongé dans les remords, errant à travers le temps et l’espace et dans l’ensemble condamné par les lois. » Ces mots du Xème siècle semblent bien actuels… 

Paris

Rédigé par Marie Rose Moro le Dimanche 12 Décembre 2010


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