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Marie Rose Moro
marie rose Moro
Psychiatre, Professeur des Universités
Directrice de la maison des adolescents de Solenn, Hôpital Cochin
 

Banaux mais sublimes familiers mais inquiétants tels sont nos adolescents d’aujourd’hui et de demain, d‘ici et d’ailleurs… On dit les aimer, souvent ils nous intriguent et trop souvent, ils nous font peur. Les regards sur nos adolescents doivent être interrogés, l’évolution des savoirs et des manières de faire avec eux, aussi. On dit en effet, que c’est le plus bel âge de la vie et c’est souvent ainsi. Pourtant, en même temps on l’associe à l’ennui, à la révolte, aux transgressions, aux questionnements identitaires ou au besoin d’utopie. On l’oublie dés qu’on en est sorti, au moins en partie et dans ses aspects les plus spécifiques. Pourtant on cherche à retrouver notre adolescence dés que l’occasion se présente, c’est le fameux « jeunisme » auquel on a du mal à échapper si on en croit les magazines.

Rédigé par Marie Rose Moro le Mercredi 19 Mai 2010


Comme le disaient les Anciens, les mots qu’on choisit nous piègent. Il en est ainsi du faux débat sur « l’identité nationale » qui n’a de débat que le nom. Comme tous ceux qu’il est convenu d’appeler les élites de la diversité, j’ai honte des modalités de ce débat national prescrit par l’Etat et mené par lui. Il en prescrit même les questions et les réponses, le cadre, les éléments du dialogue… Et, comme d’autres qui pourtant font de cette question leur intérêt quotidien, j’ai renoncé, par dégoût. Ce débat va contribuer encore plus au brouillage des repères et à des associations malveillantes entre identité et immigration. Tout au contraire, devrait on permettre sur cette question, des complexités, des opacités, des inventions, des rêveries. Se défouler, flatter les préjugés les plus faux et simplistes, n’a jamais été une source de progrès ni de lien social. Alors, comme on dit en médecine, d’abord, ne pas nuire.

Paris, le 13 décembre 2009

Rédigé par Marie Rose Moro le Dimanche 13 Décembre 2009


S’il existe une deuxième génération dite d’enfants de migrants particulièrement visible à  l’adolescence, c’est par ce que selon moi, il existe une expérience sociale partagée qui est celle d’être considéré comme « enfants de migrants » ou « d’être de seconde génération » selon les mots utilisés par Pap Ndiaye (2007)  pour justifier la catégorie « Noirs de France ». Si l’on crée une catégorie, selon une manière de penser qui nous vient des Etats Unis, c’est qu’il y a présomption de discrimination. Ce n’est pas tant une essence que d’être « Noir » ou « Enfant de migrants », qu’une expérience de discrimination, une expérience sociale partagée que les adolescents eux-mêmes d’ailleurs cherchent à faire disparaître, « Je suis comme les autres » «  comme ceux qui sont nés ici » … En d’autres termes, et toujours pour utiliser les mots de Pap Ndiaye (Ibid, p.87) que je choisis d’appliquer à la catégorie « Enfants de migrants » : s’il y a des enfants de migrants en France et en Europe, c’est parce que socialement on les considère comme tels. Etre « Enfants de migrants » comme « Etre Noir » procède d’une identité non pas choisie par les adolescents eux-mêmes mais prescrite souvent à travers des expériences sociales marquées par des processus de domination divers, de rencontres désagréables avec les institutions en commençant par l’Ecole chez les plus petits et avec l’ensemble de la société y compris la Justice et la Police pour les plus grands. Pap Ndiaye a proposé pour comprendre la construction de la catégorie « Noirs » que nous appliquons pour notre part à l’ensemble de la seconde génération, la distinction entre identité « fine » et « épaisse ». Distinction très utile pour nous. « L’identité fine est le plus petit dénominateur commun qui rassemble un groupe donné à travers une identité prescrite » (Ibid.). La catégorie « Enfants de migrants » procède selon nous de l’identité fine. « L’identité épaisse, elle relève de la culture et des origines partagées des groupes sociaux. Elle s’exprime à travers un monde associatif riche, basé sur les origines » (Ibid., p 88). La seconde génération n’est donc pas une revendication des enfants et adolescents eux-mêmes mais un regard collectif sur eux qu’il convient d’assumer et d’étudier pour le transformer, pour en faire une force, une nouvelle créativité.
Se taire, c’est au contraire subir et n’avoir aucun moyen de maîtriser et de transcender les risques de la situation transculturelle.   

Rédigé par Marie Rose Moro le Mardi 28 Juillet 2009


Le  2 avril 2009 dernier, une Résolution du Parlement européen sur l'éducation des enfants des migrants m’a remplie d’espoir. Voilà pourquoi. L’année 2008, année européenne du dialogue interculturel a été l'occasion de lancer le débat sur les défis et les chances des systèmes éducatifs de l'Union européenne. Plusieurs constats ont alors été établis qui correspondent à ce que nous vivons au quotidien mais qu’il est parfois mal aisé de dire haut et fort tant les préjugés obscurcissent le regard. Tout d’abord, il a été établi que, la migration au sein de l'Union et l'immigration vers l'Union a augmenté au cours de ces dernières décennies, transformant en bon nombre d'endroits la composition des écoles. Le débat a établi également que, souvent, les différences culturelles rendent difficiles la compréhension et le dialogue entre élèves ainsi qu'entre élèves et professeurs, comme il est dit dans le langage de cette circulaire. L’analyse des travaux a aussi montré, ce qui en France est régulièrement contesté au non d’un universalisme idéologique peu efficace « qu'il apparaît clairement que les résultats scolaires des enfants de migrants sont considérablement inférieurs à ceux des élèves originaires du pays d'accueil et qu'un grand nombre d'enfants scolarisés issus de l'immigration se trouvent dans une situation socioéconomique précaire ». Mais le constat ne s’arrête pas la, comme d’ailleurs l’ont démontré tous les travaux faits en clinique transculturelle de la seconde génération, il poursuit sur le fait que «  les talents des enfants de migrants ne sont souvent pas découverts et restent inutilisés (ce qui) engendre des désavantages sociaux, culturels et économiques pour la société dans son ensemble ». La diversité ne serait donc pas seulement un obstacle mais aussi une nouvelle chance individuelle et collective si on accepte de changer nos préjugés et que l’on tient compte des travaux de ces vingt dernières années en matière de psychologie transculturelle ou de linguistique mais aussi de sciences de l’éducation ou d’ethnopsychanalyse.  

Rédigé par Marie Rose Moro le Mardi 28 Juillet 2009


Ce sont les mots, mieux que les sols, qui nous portent et nous enracinent. Dans une période si peu hospitalière et tolérante à la diversité sociale, culturelle ou même historique, ces mots inspirés de Levinas pourraient nous aider à mieux se représenter ce que vivent ces adolescents, enfants de migrants, que nous sommes si prompts à caricaturer ou à stigmatiser. Ces adolescents, comme tous les adolescents, mais de manière plus aigue encore, sont en recherche de sens, d’identité complexe, d’histoire qui assume leurs multiples facettes comme tous les adolescents d’Europe, enfants de migrants, comme tous les adolescents du monde, fruits des migrations parentales et des mouvements de l’histoire, en particulier coloniale et économique. Et on le sait, les migrants sont maintenant si nombreux dans le monde du fait des crises, des guerres, des choix ou des nécessités qu’ils seront bientôt plus nombreux que ceux qui vivent et meurent sur le même sol. Il va donc falloir trouver des modalités de construction identitaires individuelles et collectives qui ne s’enracinent ni dans la terre, dans le sol historique mais dans tout ce qui se transporte, les mots, les souvenirs, les pensées, les corps, les livres… des identités éphémères mais consistantes qui nous permettent de nous sentir vivre, de penser et d’agir. 

Rédigé par Marie Rose Moro le Mardi 28 Juillet 2009


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