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Marie Rose Moro
marie rose Moro
Psychiatre, Professeur des Universités
Directrice de la maison des adolescents de Solenn, Hôpital Cochin
 

Dans les marchés, il y a aussi les fruits aux couleurs éclatantes : des pommes de lait, les phlae toeuk dah ko, des sapotilles, des noix de coco vertes, des oranges que l’on mange vertes aussi, des mangoustans, des ramboutans qui ressemblent à des litchis chevelues et dont on mange l’arille juteuse qui entoure la graine, des papayes vertes et mûres, des mangues de toutes sortes, on me dit qu’il existe ici une centaine de sorte différentes de mangues, dont la fameuse petite mangue verte et acidulée que l’on mange avec une pointe de mélange de sel et de piment, la mangue Kao chin, des fruits de la passion, des fruits du dragon aux belles couleurs fuchsia à l’extérieur avec des grains noirs qui parsèment une chair blanche à l’intérieur, les fruits du jacquier ou knao, fruits à la chaire jaune et savoureuse, de grandes et de petites bananes, les petites sont parfois appelées « oeuf de poulet » ou chek pong moan, des bananes à la peau verte, des fruits du palmier à sucre, des pastèques, et le durian à l’odeur si particulière et, pour nous, si malodorante. Et à côté de ces fruits frais, des fruits confits. Si on le souhaite on peut déguster ces fruits sur place, la vendeuse vous les pèlent et vous les assaisonne avec du sel, du poivre ou même du piment oiseau mixé, ce qui rehausse le goût de ces fruits déjà très goûteux. Moi j’ai dégusté de la goyave avec du kapik, pâte de crevette odorante que j’ai découvert ici.   
Siem Reap, Cambodge

Rédigé par Marie Rose Moro le Mercredi 22 Février 2012


l y a bien sûr le sourire des enfants et des femmes aussi qui, souvent, arrêtent quelques instants leurs activités, pour me sourire. Et quand on songe à l’histoire récente du Cambodge avec les massacres de masse organisés par les Khmers Rouges, on se demande comment après de tels événements encore si présents dans le récit de ceux qui les ont connus, la vie peut reprendre de plus belle. Quand on en parle avec les personnes adultes rencontrées ici, elles disent qu’elles remercient les Dieux d’être maintenant en paix. Il semble qu’elles n’aient pas de haine. D’ailleurs on retrouve cette même impression dans le dernier film de Rithy Panh (« Duch le maître des forges de l’enfer » sorti en janvier 2012. Rithy Panh est un cinéaste cambodgien reconnu sur la scène internationale, infatigable artisan du souvenir. Lui même a perdu toute sa famille exterminée par les Khmères Rouges) qui traite de cette période terrible. Il a retrouvé des bourreaux de son martyr et de celui de sa famille, juste pour dire et peut-être comprendre, sans doute pour ne pas oublier. J’ai vu aussi dans la rues des enfants qui pour mendier à l’âge de 5-6 ans savait dire quelques phrases aux touristes dans un nombre infini de langues. Ce rapport qui s’institue, profondément asymétrique, entre les personnes autochtones et en particulier les enfants et les touristes, me semble malsain et générateur de hiérarchies déshonorantes pour les uns et les autres.
 Siem Reap, Cambodge

Rédigé par Marie Rose Moro le Lundi 20 Février 2012


Il y a aussi le marché aux poissons et aux volailles. Là, sur des tables en bois on trouve, assises en hauteur, des vendeuses qui ont juste la place pour s’asseoir. Elles sortent les entrailles des poissons et les mettent sur leurs pieds, seuls endroits où elles peuvent le faire. A côté de leurs pieds se trouvent les poissons luisants, vidés de leurs entrailles. On acheter des poissons péchés dans le golf de Thaïlande mais la plupart des poissons que je vois dans ce marché sont des poissons d’eau douce péchés dans le Mékong comme de belles anguilles ou des tortues d’eau. Il y a beaucoup de poissons que je ne connais pas. Les ménagères cambodgiennes, elles, fines connaisseuses, passent, regardent et soupèsent les poissons et en choisissent les plus beaux. Arrive devant l’étal une belle Cambodgienne habillée avec des vêtements de luxe occidentaux et un tout petit chien dans les bras. Elle choisit, elle aussi, de beaux poissons et porte déjà dans son panier des fruits qu’elle vient d’acheter. Il y a sans doute une grande différence sociale entre la vendeuse et l’acheteuse mais, elles semblent appartenir à un même monde où les différences sociales et économiques sont très grandes. Au milieu des vendeuses de poissons, on trouve des vendeuses de poulets qui, elles aussi, sortent les entrailles des poulets. Elles lavent les tripes, les trient, récupèrent tout ce qui peut être mangé ou utilisé pour les bouillons et les vendent. Sans doute pour faire la base des délicieuses soupes khmères. Et au milieu de ces vendeuses, recroquevillée sur un tout petit espace, une petite fille, fille d’une vendeuse ou vendeuse elle-même, je ne sais, dort paisiblement bercée par le bruit du marché.
Siem Reap, Cambodge

Rédigé par Marie Rose Moro le Dimanche 12 Février 2012


Incroyable ! Encore aujourd’hui l’on peut faire impunément des hiérarchies entre les mondes, les langues, les cultures et donc les civilisations. Et les travaux des anthropologues, des linguistes, des philosophes n’y changent rien. Mais pire encore, il est des intellectuels français pour défendre cette idée. Dire que chaque culture, chaque civilisation (dont il conviendrait de définir le terme), chaque langue, même orale, ne doit pas être considérée comme moins qu’une autre serait, selon ces intellectuels, de la haine de soi. C’est la notion de hiérarchie qui pose problème à tous ces penseurs. Dire qu’il y ait des différences ne signifie pas qu’il y ait une hiérarchie mais plutôt une pluralité. Mais en France, nous ne voulons pas penser les différences ni la diversité si bien que nous revient en boomerang la hiérarchie. Je préfère Don Giovannni aux tambours de l’Amazonie disait un intellectuel français, alors il y a bien une supériorité de la civilisation qui a produit Don Giovanni. Incroyable glissement, mes valeurs et mes préférences, nulles ne les discutent ; il en est de même pour celles des autres. Peut-être que si j’appartiens à cette culture amazonienne ou si j’ai appris à décrypter cette musique alors, je peux préférer le tambour à l’opéra. Par ailleurs, Don Giovanni, c’est sublime pour moi. Et le débat ne peut que caricaturer l’autre.

Rédigé par Marie Rose Moro le Dimanche 5 Février 2012


Marie Rose Moro invite Claire Mestre, psychiatre et anthropologue


Un de nos ministres a cru bon proclamer cette phrase à quelques étudiants, en la confirmant ensuite publiquement dans nos médias, tout en donnant de quoi l’illustrer : le voile intégral et les prières dans les rues… Outre les confusions qu’elle entretient (volontairement ?), cette phrase amène quelques commentaires. Il n’est pas question de nier qu’il existe dans la société française des pratiques religieuses extrêmistes et prosélytes, mais est-il pour autant nécessaire de simplifier à l’extrême le débat ?  Il faut avant tout rappeler que le mot « civilisation » est un mot au nom duquel on a envahi, assassiné et exterminé[1]. Ces dérives concernent toute société qui définit un universel auquel doivent se mesurer les autres… moins universelles, donc plus attardées, ou plus mauvaises. On peut ensuite se demander si cette phrase péremptoire n’a pour seul but de procéder à un appel du pied vers des futurs électeurs (tentés par l’extrême droite bien sûr) pour notre futur (?) président de la République. Oui, sans doute, la manœuvre n’est que trop évidente. Il faut cependant également la replacer dans un contexte où la politique d’asile française est épinglée pour son irresponsabilité à renvoyer des demandeurs d’asile dans leur pays malgré les risques qu’ils encourent, où la Cour européenne des droits de l’Homme (CEDH) délivre une injonction à la France dont les centres de rétention emprisonnent désormais des enfants… On pourrait prolonger la liste qui en dit long sur une politique qui stigmatise, exclut l’étranger ou bien celui qui est porteur d’une altérité qui dérange. 
C’est pourquoi ce ministre nous inquiète : il est le chantre d’une politique qui veut diviser et semer la peur et la haine, le héraut d’une xénophobie d’Etat. À nous citoyens, d’exercer notre vigilance et notre critique pour en déconstruire les ressorts.

[1] Voir la tribune d’Ester Benbassa parue dans le Huffington Post du 6 février 2012 : « Toutes les civilisations ne se valent pas. Comme les races autrefois… ».
Bordeaux

Rédigé par Marie Rose Moro le Dimanche 5 Février 2012


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