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Marie Rose Moro
marie rose Moro
Psychiatre, Professeur des Universités
Directrice de la maison des adolescents de Solenn, Hôpital Cochin
 

Il y a aussi le marché aux poissons et aux volailles. Là, sur des tables en bois on trouve, assises en hauteur, des vendeuses qui ont juste la place pour s’asseoir. Elles sortent les entrailles des poissons et les mettent sur leurs pieds, seuls endroits où elles peuvent le faire. A côté de leurs pieds se trouvent les poissons luisants, vidés de leurs entrailles. On acheter des poissons péchés dans le golf de Thaïlande mais la plupart des poissons que je vois dans ce marché sont des poissons d’eau douce péchés dans le Mékong comme de belles anguilles ou des tortues d’eau. Il y a beaucoup de poissons que je ne connais pas. Les ménagères cambodgiennes, elles, fines connaisseuses, passent, regardent et soupèsent les poissons et en choisissent les plus beaux. Arrive devant l’étal une belle Cambodgienne habillée avec des vêtements de luxe occidentaux et un tout petit chien dans les bras. Elle choisit, elle aussi, de beaux poissons et porte déjà dans son panier des fruits qu’elle vient d’acheter. Il y a sans doute une grande différence sociale entre la vendeuse et l’acheteuse mais, elles semblent appartenir à un même monde où les différences sociales et économiques sont très grandes. Au milieu des vendeuses de poissons, on trouve des vendeuses de poulets qui, elles aussi, sortent les entrailles des poulets. Elles lavent les tripes, les trient, récupèrent tout ce qui peut être mangé ou utilisé pour les bouillons et les vendent. Sans doute pour faire la base des délicieuses soupes khmères. Et au milieu de ces vendeuses, recroquevillée sur un tout petit espace, une petite fille, fille d’une vendeuse ou vendeuse elle-même, je ne sais, dort paisiblement bercée par le bruit du marché.
Siem Reap, Cambodge

Rédigé par Marie Rose Moro le Dimanche 12 Février 2012


Incroyable ! Encore aujourd’hui l’on peut faire impunément des hiérarchies entre les mondes, les langues, les cultures et donc les civilisations. Et les travaux des anthropologues, des linguistes, des philosophes n’y changent rien. Mais pire encore, il est des intellectuels français pour défendre cette idée. Dire que chaque culture, chaque civilisation (dont il conviendrait de définir le terme), chaque langue, même orale, ne doit pas être considérée comme moins qu’une autre serait, selon ces intellectuels, de la haine de soi. C’est la notion de hiérarchie qui pose problème à tous ces penseurs. Dire qu’il y ait des différences ne signifie pas qu’il y ait une hiérarchie mais plutôt une pluralité. Mais en France, nous ne voulons pas penser les différences ni la diversité si bien que nous revient en boomerang la hiérarchie. Je préfère Don Giovannni aux tambours de l’Amazonie disait un intellectuel français, alors il y a bien une supériorité de la civilisation qui a produit Don Giovanni. Incroyable glissement, mes valeurs et mes préférences, nulles ne les discutent ; il en est de même pour celles des autres. Peut-être que si j’appartiens à cette culture amazonienne ou si j’ai appris à décrypter cette musique alors, je peux préférer le tambour à l’opéra. Par ailleurs, Don Giovanni, c’est sublime pour moi. Et le débat ne peut que caricaturer l’autre.

Rédigé par Marie Rose Moro le Dimanche 5 Février 2012


Marie Rose Moro invite Claire Mestre, psychiatre et anthropologue


Un de nos ministres a cru bon proclamer cette phrase à quelques étudiants, en la confirmant ensuite publiquement dans nos médias, tout en donnant de quoi l’illustrer : le voile intégral et les prières dans les rues… Outre les confusions qu’elle entretient (volontairement ?), cette phrase amène quelques commentaires. Il n’est pas question de nier qu’il existe dans la société française des pratiques religieuses extrêmistes et prosélytes, mais est-il pour autant nécessaire de simplifier à l’extrême le débat ?  Il faut avant tout rappeler que le mot « civilisation » est un mot au nom duquel on a envahi, assassiné et exterminé[1]. Ces dérives concernent toute société qui définit un universel auquel doivent se mesurer les autres… moins universelles, donc plus attardées, ou plus mauvaises. On peut ensuite se demander si cette phrase péremptoire n’a pour seul but de procéder à un appel du pied vers des futurs électeurs (tentés par l’extrême droite bien sûr) pour notre futur (?) président de la République. Oui, sans doute, la manœuvre n’est que trop évidente. Il faut cependant également la replacer dans un contexte où la politique d’asile française est épinglée pour son irresponsabilité à renvoyer des demandeurs d’asile dans leur pays malgré les risques qu’ils encourent, où la Cour européenne des droits de l’Homme (CEDH) délivre une injonction à la France dont les centres de rétention emprisonnent désormais des enfants… On pourrait prolonger la liste qui en dit long sur une politique qui stigmatise, exclut l’étranger ou bien celui qui est porteur d’une altérité qui dérange. 
C’est pourquoi ce ministre nous inquiète : il est le chantre d’une politique qui veut diviser et semer la peur et la haine, le héraut d’une xénophobie d’Etat. À nous citoyens, d’exercer notre vigilance et notre critique pour en déconstruire les ressorts.

[1] Voir la tribune d’Ester Benbassa parue dans le Huffington Post du 6 février 2012 : « Toutes les civilisations ne se valent pas. Comme les races autrefois… ».
Bordeaux

Rédigé par Marie Rose Moro le Dimanche 5 Février 2012


Nous venons de commencer notre nouveau séminaire sur "Racismes, discriminations, hiérarchies" avec Véronique Nahoum-Grappe et Pap NDiaye pour penser ensemble ces questions de discriminations trop souvent tues ou déniées dans notre pays. Nous nous sommes associés, historien, anthropologue et psychanalyste pour mieux penser cette complexité et ne pas renoncer à agir. Il est en effet trop fréquent d'opposer la question sociale, historique, culturelle ou celle du genre, comme si l'une excluait l'autre. Or des questions comme celle des discriminations dont sont l'objet les enfants de migrants, les femmes, ceux qui appartiennent à des minorités... nécessitent, comme le disait Montaigne, de penser toujours ailleurs. Idée reprise par Nicole Lapierre que nous avons invité, mais aussi Esther Benbassa, Georges Vigarello, Michel Wierworka, Eric Fassin et bien d'autres qui tous, à leur façon, pensent ailleurs pour construire une société qui inclut et pas qui exclut celui qui est de par son histoire, différent.
Nous traiterons du racisme dans l'histoire, dans le sport, à l'égard des femmes, à l'hôpital ou dans la société. Et l'affluence très importante à ce séminaire doit nous rendre très optimiste sur la volonté des chercheurs et des acteurs de terrain de vouloir comprendre et agir. Inscrite la diversité dans le lien social et une manière de le renforcer et d'éviter qu'il reste une incantation abstraite.
Paris

Rédigé par Marie Rose Moro le Mardi 25 Octobre 2011


Les enfants et adolescents dits « mineurs isolés » seraient près de 900 en Seine Saint Denis, plus de 1600 à Paris et peut-être 500 à 600 dans le Nord Pas de Calais… Et ce ne sont là que les chiffres officiels des mineurs isolés pris ne charge par les services sociaux des départements (aide sociale à l’enfance, DASES à Paris…). Il est en effet difficile de les compter car nombre d’entre eux ne sont pas pris en charge et errent dans les grandes villes françaises et européennes. Les associations qui s’en occupent, contre vents et marées, comme France-Terre d’Asile qui est pionnière dans ce domaine confirment leur arrivée de plus en plus importante et leur état de santé somatique et psychique plus que précaire, venant de terres ingrates ou encore de contrées où sévissent des guerres plus ou moins bruyantes comme l’Afghanistan, les pays autour où se sont réfugiées les familles afghanes comme l’Iran mais aussi l’Afrique de l’Ouest en passant par le Maghreb, le Maghreb lui-même, la Chine... Et tant d’autres lieux qui ne laissent que peu d’espoir à leurs enfants. Les enfants décident de venir seuls, poussés par la nécessité ou le plus souvent les familles se cotisent, investissent toutes leurs économies et envoie ce qu’elles ont de plus cher à l’aventure en payant des passeurs qui les exploitent et parfois les abandonnent en chemin - ils devront alors repayer pour pouvoir passer un peu plus tard. Mais pourquoi les appeler mineurs isolés non accompagnés alors que tous simplement et avant tout, ce sont des enfants et des adolescents pris dans les soubresauts des chaos politiques et économiques, enfants et adolescents qui espèrent un avenir meilleur pour eux et leurs familles restées là-bas mais qui espèrent tant. Mais qui est censé les accueillir, les protéger, les soigner ?

Rédigé par Marie Rose Moro le Lundi 12 Septembre 2011


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