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Marie Rose Moro
marie rose Moro
Psychiatre, Professeur des Universités
Directrice de la maison des adolescents de Solenn, Hôpital Cochin
 

S’il existe une deuxième génération dite d’enfants de migrants particulièrement visible à  l’adolescence, c’est par ce que selon moi, il existe une expérience sociale partagée qui est celle d’être considéré comme « enfants de migrants » ou « d’être de seconde génération » selon les mots utilisés par Pap Ndiaye (2007)  pour justifier la catégorie « Noirs de France ». Si l’on crée une catégorie, selon une manière de penser qui nous vient des Etats Unis, c’est qu’il y a présomption de discrimination. Ce n’est pas tant une essence que d’être « Noir » ou « Enfant de migrants », qu’une expérience de discrimination, une expérience sociale partagée que les adolescents eux-mêmes d’ailleurs cherchent à faire disparaître, « Je suis comme les autres » «  comme ceux qui sont nés ici » … En d’autres termes, et toujours pour utiliser les mots de Pap Ndiaye (Ibid, p.87) que je choisis d’appliquer à la catégorie « Enfants de migrants » : s’il y a des enfants de migrants en France et en Europe, c’est parce que socialement on les considère comme tels. Etre « Enfants de migrants » comme « Etre Noir » procède d’une identité non pas choisie par les adolescents eux-mêmes mais prescrite souvent à travers des expériences sociales marquées par des processus de domination divers, de rencontres désagréables avec les institutions en commençant par l’Ecole chez les plus petits et avec l’ensemble de la société y compris la Justice et la Police pour les plus grands. Pap Ndiaye a proposé pour comprendre la construction de la catégorie « Noirs » que nous appliquons pour notre part à l’ensemble de la seconde génération, la distinction entre identité « fine » et « épaisse ». Distinction très utile pour nous. « L’identité fine est le plus petit dénominateur commun qui rassemble un groupe donné à travers une identité prescrite » (Ibid.). La catégorie « Enfants de migrants » procède selon nous de l’identité fine. « L’identité épaisse, elle relève de la culture et des origines partagées des groupes sociaux. Elle s’exprime à travers un monde associatif riche, basé sur les origines » (Ibid., p 88). La seconde génération n’est donc pas une revendication des enfants et adolescents eux-mêmes mais un regard collectif sur eux qu’il convient d’assumer et d’étudier pour le transformer, pour en faire une force, une nouvelle créativité.
Se taire, c’est au contraire subir et n’avoir aucun moyen de maîtriser et de transcender les risques de la situation transculturelle.   

Rédigé par Marie Rose Moro le Mardi 28 Juillet 2009


Le  2 avril 2009 dernier, une Résolution du Parlement européen sur l'éducation des enfants des migrants m’a remplie d’espoir. Voilà pourquoi. L’année 2008, année européenne du dialogue interculturel a été l'occasion de lancer le débat sur les défis et les chances des systèmes éducatifs de l'Union européenne. Plusieurs constats ont alors été établis qui correspondent à ce que nous vivons au quotidien mais qu’il est parfois mal aisé de dire haut et fort tant les préjugés obscurcissent le regard. Tout d’abord, il a été établi que, la migration au sein de l'Union et l'immigration vers l'Union a augmenté au cours de ces dernières décennies, transformant en bon nombre d'endroits la composition des écoles. Le débat a établi également que, souvent, les différences culturelles rendent difficiles la compréhension et le dialogue entre élèves ainsi qu'entre élèves et professeurs, comme il est dit dans le langage de cette circulaire. L’analyse des travaux a aussi montré, ce qui en France est régulièrement contesté au non d’un universalisme idéologique peu efficace « qu'il apparaît clairement que les résultats scolaires des enfants de migrants sont considérablement inférieurs à ceux des élèves originaires du pays d'accueil et qu'un grand nombre d'enfants scolarisés issus de l'immigration se trouvent dans une situation socioéconomique précaire ». Mais le constat ne s’arrête pas la, comme d’ailleurs l’ont démontré tous les travaux faits en clinique transculturelle de la seconde génération, il poursuit sur le fait que «  les talents des enfants de migrants ne sont souvent pas découverts et restent inutilisés (ce qui) engendre des désavantages sociaux, culturels et économiques pour la société dans son ensemble ». La diversité ne serait donc pas seulement un obstacle mais aussi une nouvelle chance individuelle et collective si on accepte de changer nos préjugés et que l’on tient compte des travaux de ces vingt dernières années en matière de psychologie transculturelle ou de linguistique mais aussi de sciences de l’éducation ou d’ethnopsychanalyse.  

Rédigé par Marie Rose Moro le Mardi 28 Juillet 2009


Ce sont les mots, mieux que les sols, qui nous portent et nous enracinent. Dans une période si peu hospitalière et tolérante à la diversité sociale, culturelle ou même historique, ces mots inspirés de Levinas pourraient nous aider à mieux se représenter ce que vivent ces adolescents, enfants de migrants, que nous sommes si prompts à caricaturer ou à stigmatiser. Ces adolescents, comme tous les adolescents, mais de manière plus aigue encore, sont en recherche de sens, d’identité complexe, d’histoire qui assume leurs multiples facettes comme tous les adolescents d’Europe, enfants de migrants, comme tous les adolescents du monde, fruits des migrations parentales et des mouvements de l’histoire, en particulier coloniale et économique. Et on le sait, les migrants sont maintenant si nombreux dans le monde du fait des crises, des guerres, des choix ou des nécessités qu’ils seront bientôt plus nombreux que ceux qui vivent et meurent sur le même sol. Il va donc falloir trouver des modalités de construction identitaires individuelles et collectives qui ne s’enracinent ni dans la terre, dans le sol historique mais dans tout ce qui se transporte, les mots, les souvenirs, les pensées, les corps, les livres… des identités éphémères mais consistantes qui nous permettent de nous sentir vivre, de penser et d’agir. 

Rédigé par Marie Rose Moro le Mardi 28 Juillet 2009


Dans la rencontre, la peur disparaît et laisse place à l’échange comme on voit en ce moment à propos des enfants de familles sans papiers, enfants scolarisés qui risquent d’être expulsés dans tous nos pays européens. Les enfants, les familles, les associations se mobilisent pour résister. Elles connaissent les enfants, elles les rencontrent, elles se représentent ce qu’ils vivent et ce que vivent leurs familles alors, la peur fait place à la fraternité, c’est ce que nous ressentons tous les jours sur le terrain. Tel est donc l’enjeu, celui de la rencontre et non celui de la peur et des angoisses qui cherchent des objets pour se fixer… On ne dira jamais assez combien il faut se battre pour la mixité et contre les ghettos qui construisent des frontières visibles et invisibles entre les personnes et les citoyens, des hiérarchies aussi. Et aujourd’hui dans toute l’Europe, on voit des tentations autoritaires qui, au nom de la peur de l’autre, tendent à vouloir que chaque citoyen se transforme en policier et dénonce celui qui « ne devrait pas être là ». On oublie bien vite que nous aussi, nous avons été pays d’immigration, on oublie bien vite les principes éthiques de l’accueil des plus vulnérables, des exilés, de ceux qui, pour avoir encore quelques illusions, ont du partir. Les adolescents, enfants de migrants, sont le fruit de ces rêves, de ces utopies humaines. Ainsi, comme d’habitude, les positions à l’emporte-pièce des politiques ou de ceux qui veulent décider au nom de principes de réalités que l’on peut contester nous en apprennent plus sur leurs auteurs et leurs fantasmes que sur la réalité des choses. Pourtant, ils ne sont pas sans conséquences politiques comme la surenchère d’annonces publiques sur les politiques d’immigration le laisse entrevoir dans plusieurs pays d’Europe. A quel prix pour les enfants de migrants ? A quel prix pour notre société ?

Marie Rose Moro
Paris, 28 juillet 2009

Rédigé par Marie Rose Moro le Mardi 28 Juillet 2009


Le figaro.fr -6 février 2010 : Marie Rose Moro et Lilian Thuram : converstation sur la diversité
http://madame.lefigaro.fr/societe/marie-rose-moro-lilian-thuram-conversation-sur-diversite-060210-18234

Le 17 Mai 2009 à l'occasion des "Journées d'études et de rencontres des éducatrices et éducateurs de jeunes enfants", Marie-Rose Moro revient sur l'accueil des enfants de migrants en France. Entretenir la diversité linguistique, socio-culturelle de chaque enfant, de chaque adolescent pour favoriser le mixage des cultures, voilà un enjeu important malgré dans climat socio-politique complexe. Comment aider chacun à faire de sa diversité une chance et non pas un critère de discrimination.
 

Rédigé par marie rose Moro le Dimanche 17 Mai 2009


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