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Marie Rose Moro
marie rose Moro
Psychiatre, Professeur des Universités
Directrice de la maison des adolescents de Solenn, Hôpital Cochin
 

J’ai été invitée à Amsterdam par les psychiatres de la section transculturelle de l’Association néerlandaise de psychiatrie. Un bel accueil et une journée consacrée au travail clinique avec les migrants aux Pays Bas. J’ai rencontré ici plein de psychiatres de différents pays dont des afghans, plus qu’il en existe en Afghanistan. Un de ces psychiatres est une femme, passionnante de surcroit. A la fin de cette grande journée de travail, les organisateurs, comme il se doit aux Pays Bas, m’offre un gigantesque bouquet de fleurs. Tout le monde le sait, je suis gourmande et j’aime les fleurs… Je repars heureuse de ces échanges et je profite de cette belle brassée de fleurs en les regardant avec tendresse. Très vite, je me rends compte que sur le chemin qui m’amène à la Gare centrale, tout le monde me sourit. Je me dis que les Hollandais sont décidément charmants mais très vite je comprends que ce sont mes fleurs qui attirent la sympathie. Tout le monde les remarquent et les regardent avec bienveillance. J’imagine qu’ils se demandent pourquoi je cours dans les rues puis dans les couloirs avec cet immense bouquet. Ils m’inventent des vies… Je leurs souris à mon tour. Merci à tous les amis qui m’ont invité à cette journée, Reinout,  Huug, Mario, Marina… et plein d’autres. Et merci de m’avoir offert de belles fleurs hollandaises…

Rédigé par Marie Rose Moro le Vendredi 15 Décembre 2017


Mercredi 15 novembre, nous apprenions, médusés, que la grande Françoise Héritier nous avait quittés. Nous ne lui avons pas dit au revoir encore mais nous sommes déjà si tristes d’avoir perdu cette figure de proue, cette intellectuelle engagée dans la cité, qui aimait aussi bien les mots que les causes justes et qui les défendaient avec chaleur, sourire, modestie mais détermination. Claude Lévi-Strauss disait d’elle qu’elle avait un « cerveau d’homme » comme elle l’a rappelé avec malice, il y a peu. Non non ! Elle avait le cerveau de ce qu’elle était, une femme, une grande femme qui se mettait facilement à la place des autres femmes, les défendait et aimait être leur amie. Récemment (1) , elle a soutenu le mouvement « Me too » qui a permis à des femmes blessées de sortir de leur silence. Elle était à la fois d’une grande rigueur scientifique mais elle aimait aussi les déambulations de toutes sortes. Sur le plan anthropologique, elle a passé sept ans chez les Samo du Burkina Faso où elle a étudié leurs systèmes de parenté, leurs alliances matrimoniales mais aussi les représentations qu’ils avaient de leurs corps et de la circulation des humeurs ou le travail féminin du quotidien qui ne s’arrête jamais. Puis en 1982, elle a succédé à Claude Lévi-Strauss au Collège de France, à la Chaire d’anthropologie. Elle a été la seconde femme à rentrer au Collège après Jacqueline de Romilly, helléniste. Au-delà de son concept de valence différentielle des sexes, elle a construit une véritable pensée de la différence, comme elle l’explique si simplement dans le beau film de Teri Wehn Damisch (2) que l’on peut encore voir en ce moment. Mais elle aimait aussi les mots justes, elle aimait enlever le voile des mots pour nous permettre de mieux comprendre, de mieux percevoir le monde, ses structures et ses apories. Ces voyages aussi bien anthropologiques que littéraires, elle les faisait avec curiosité, gourmandise et ce qu’elle appelait, l’esprit d’escalier et l’enthousiasme de la débutante (3) . Elle aimait pleurer de rire, trinquer dans un bar d’autoroute avec des chauffeurs de poids lourds… Elle imaginait la vie, sa vie dont elle ne voyait pas pourquoi elle suscitait tant d’intérêt, comme celle des autres, comme une course de haies qui se succèdent et quelque chose en plus, le sel de la vie qu’elle définissait ainsi : « II y a une forme de légèreté et de grâce dans le simple fait d'exister, au-delà des occupations, au-delà des sentiments forts, au-delà des engagements, et c'est de cela que j'ai voulu rendre compte. De ce petit plus qui nous est donné à tous : le sel de la vie » (4) .
 
Je l’ai entendu expliquer ses grands concepts comme la valence différentielle des sexes ou l’inceste du deuxième type et sa philosophie de vie à mes enfants avec simplicité mais justesse. Et même petits, ils ont parfaitement compris les enjeux. Avec Françoise, on se sentait tous tellement plus intelligents, petits et grands. J’espère que nous pourrons garder ce souvenir et cette force longtemps, pour continuer ce combat qui est celui de la curiosité du monde, de la fraternité et du sel de la vie. 
 
La revue L’autre avait fait une grande interview de Françoise Héritier, retrouvez là :
https://revuelautre.com/entretiens/une-anthropologue-dans-la-cite/
 

(1) Emission la Grande librairie de François Bunel sur France 5 du 9 novembre 2017.
(2) La Pensée de la différence, 2008, France 5, CNRS.
(3) Comme on peut le voir dans Le sel de la vie, ce best-seller sorti en 2012 chez Odile Jacob  ou Au gré des jours, sorti ces jours ci chez le même éditeur.
(4) Présentation du Sel de la vie par elle-même.

Rédigé par Marie Rose Moro le Lundi 20 Novembre 2017


Tim, l’art de la conversation polyglotte dans un salon de beauté
J’ai rencontré Tim dans un salon de beauté du 13ème arrondissement de Paris, le quartier que l’on dit chinois. Tim parle le vietnamien comme sa mère, le cambodgien comme son père, le chinois mandarin comme sa grand-mère maternelle et bientôt, le français, quand elle rentrera à l’école. Elle est née à Paris dans ce quartier chinois où vivent et travaillent ses parents. Tim a trois ans. C’est une petite fille belle et vive qui vient au salon de beauté de sa mère papoter et se faire choyer par toutes les dames qui s’occupent de la beauté d’autres dames. Sa mère m’interroge : je crois que vous connaissez les enfants ? Nous avons raison, n’est ce pas, de parler toutes ces langues à Tim ? Quand elle sera grande elle sera chanceuse ! Oui elle sera chanceuse et polyglotte ! Et Tim continue d’aller d’une cliente à une autre, d’une esthéticienne à une autre, pour échanger quelques mots, un sourire et parfois un petit jeu. Quelle aisance et quel plaisir de voir cette petite fille capable de passer, d’une langue à l’autre, d’un monde à l’autre, d’une histoire à une autre. Une chance assurément.


 

Rédigé par Marie Rose Moro le Samedi 28 Octobre 2017


Commander
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Marie Rose Moro a dirigé l'année dernière une grande étude sur le bien-être et la santé des jeunes en France. À la lumière des résultats , elle lance aujourd'hui avec ce livre une alerte : les jeunes en France ne vont pas bien. 15% d'entre eux traversent de graves difficultés. Une grande proportion (près de 20 %) de jeunes connaissent un épisode dépressif. On sait aussi que les postes de pédopsychiatrie dans le secteur public ont diminué de 50 % !
L'auteure affirme que l'éducation à la santé, les campagnes de prévention des risques, le repérage des souffrances et la mise en oeuvre des soins, s'inscrivent dans le projet national de justice et d'égalité des chances porté par notre République.
Elle propose des solutions concrètes pour améliorer cette situation et défend la revendication du bien-être au coeur de la formation de l'individu comme un droit.

Article "Nous manquons de bienveillance avec les ados", Le Figaro Madame, 5 novembre 2017
http://madame.lefigaro.fr/societe/riad-sattouf-et-marie-rose-moro-nous-manquons-de-bienveillance-av-271017-134998
Article "Il faut croire en nos ados" paru dans ECA, octobre 2017

Rédigé par Marie Rose Moro le Mardi 24 Octobre 2017


Dialogue entre Philippe Gutton et Marie Rose Moro
Avec Marie-Christine Aubray


« Où vais-je ? », « Qui suis-je ? » L’adolescent s’éloigne de la famille, quitte l’organisation infantile. Mais où se rendre ? Comment devenir soi parmi les autres ? Entre imitation et révolte comment trouver son originalité, son identité ?
Deux grandes figures de la clinique adolescente, Marie Rose Moro et Philippe Gutton, s’interrogent ensemble sur l’engagement adolescent. Un dialogue intense où chacun puise dans sa pratique pour mieux comprendre le rôle de la radicalité à ce moment déterminant de la construction de soi.
Dans un échange d’une rare clarté, ils analysent les parcours de Léa, Michel, Inès… tentés par la radicalisation au seuil de leur vie d’adulte. Recherche d’absolu, quête d’idéalité, volonté d’agir sur le monde, de le transformer, de le rendre plus juste : l’adolescent se radicalise dans des processus qui sont très hétérogènes. Loin de donner un modèle unique de compréhension de situations très différentes, Marie Rose Moro et Philippe Gutton éclairent cette radicalité par leur connaissance du processus adolescent.
 

Rédigé par Marie Rose Moro le Lundi 18 Septembre 2017


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