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Marie Rose Moro
marie rose Moro
Psychiatre, Professeur des Universités
Directrice de la maison des adolescents de Solenn, Hôpital Cochin
 

Yourcenar pouvait écrire n’importe où et en toutes circonstances. Elle disait d’ailleurs qu’elle travaillait tout le temps. Installée à sa machine à écrire, en face de Grace Frick, dans un tout petit bureau, elle pouvait s’interrompre  à tout moment pour s’occuper de travaux domestiques ou répondre à la dame qui faisait le ménage et à qui Yourcenar donnait des consignes très strictes. En fait, elle se disait posséder par ses personnages et les scènes s’imposaient à elle, comme des visions, comme nous l’a raconté Joan E Howard. Elle ne cherchait pas la logique, elle écrivait ces scènes. C’était pour elle, une source de connaissance de ses personnages. Ainsi quand elle a terminé l’écriture de son chef d’œuvre, L’œuvre au noir, elle s’est installée dans son hamac pour méditer et se séparer de Zenon qui l’avait accompagnée si longtemps, qui l’avait possédée. Elle a dit trois cent fois le nom de Zenon. Seule manière de se séparer de lui et de se laisser posséder par d’autres personnages, par d’autres vies. On n’est pas loin du duende des créateurs que les gitans andalous invoquent comme source de leur créativité dans le flamenco : quelque chose qui s’impose à vous et habite votre corps et vôtre âme.
 
 

Rédigé par Marie Rose Moro le Vendredi 14 Septembre 2018


On part de Camden, un port de plaisance, on traverse le pont et on arrive à Petite Plaisance. Tous les objets du quotidien de Yourcenar sont là et son regard aussi. Dans sa maison, on entre par le parloir décoré sur un mur avec des carreaux de Delphes. Les carreaux qui rappellent ceux de la chambre de son enfance qu’elle aimait beaucoup. Dans ce parloir, tous les dimanches il y avait open house, la maison était ouverte entre 2 et 5 heures de l’après midi et tous ceux qui passaient pouvaient entrer prendre un thé, boire un alcool et parler, discuter, débattre ou écouter de la musique. Madame aimait faire des gâteaux et Grace s’occupait des boissons. On y discutait en fonction des jours, de féminisme, du Vietnam ou de la cause des animaux. Après le parloir, on rentre dans le bureau. Tout est là ses crayons, sa machine à écrire, son châle, ses livres classés par siècles. Yourcenar disait qu’elle travaillait presque toujours, le fil de son écriture ne se coupait jamais. Elle créait toujours et en tous lieux mais elle avait aussi l’art du quotidien, l’amour pour son jardin, pour les arbres, le thé ou pour la cuisine. Elle cultivait le « chez soi » et les rituels du quotidien. Lors de la fête de la Lumière, autour de janvier je crois, Grace Frick montait chercher Marguerite Yourcenar avec une couronne de lumières et elles redescendaient, toutes les deux, fêter la lumière avec leurs amis. Yourcenar aimait aussi colorier, coudre et créer des objets. On lira une nouvelle biographie sur elle à la rentrée et aussi une biographie de Grace Frick par Joan E Howard « We met in Paris » sorti en anglais.  

Rédigé par Marie Rose Moro le Vendredi 14 Septembre 2018


De voyage dans le Maine aux USA cet été 2018 et grande admiratrice de Marguerite Yourcenar et de son œuvre, je voulais absolument visiter Petite Plaisance, la maison de Marguerite Yourcenar qui se trouve à Northeast Harbor, une ville dans l’île de Mount Desert reliée au continent par un pont et à deux cent kilomètres du Canada. Il n’est pas simple d’accéder à cette maison maintenant administrée par une Fondation depuis sa mort en 1987. Yourcenar avait émis la volonté que sa maison qu’elle a partagé de longues années avec sa compagne Grace Frick soit ouverte au public l’été. C’est le cas aujourd’hui et c’est Joan E Howard qui assure ces visites. Joan E Howard a fait une thèse sur le sacrifice dans l’œuvre de Yourcenar et depuis, elle ne l’a pas quittée. Pas très aisé de visiter cette maison, mais si on insiste et si on aime l’œuvre de Yourcenar, on y arrive. Et quelle émotion d’arriver à Petite Plaisance à heure dite et de découvrir cette maison où s’est déployée la créativité de Yourcenar bien racontée et mise en valeur par J Howard. Elle vivra trente sept ans dans cette maison. Ici tout le monde l’appelait Madame… Elle n’aimait la fausse familiarité. Et pour conclure sur ses mots à propos de Petite Plaisance "a country house such as I could have had anywhere in the world. . . . On this little island . . . it is somewhat as if I were in the United States while not being there."

Rédigé par Marie Rose Moro le Vendredi 14 Septembre 2018


Retrouvez tous les vendredis la chronique de Marie Rose Moro, Directrice scientifique, "Parents, enfants, d'ici et d'ailleurs"  de la revue L'autre sur RFI,  7 milliards de Voisins, Emmanuelle Bastide.  
Aujourd'hui "Faire Face à la mort d'un enfant"

https://revuelautre.com/lire-voir-ecouter/parents-enfants-dici-et-dailleurs/faire-face-a-la-mort-dun-enfant/
 

Rédigé par Marie Rose Moro le Vendredi 14 Septembre 2018


Retrouvez tous les vendredis la chronique de Marie Rose Moro, Directrice scientifique, "Parents, enfants, d'ici et d'ailleurs"  de la revue L'autre sur RFI,  7 milliards de Voisins, Emmanuelle Bastide.  
Aujourd'hui "L'adolescence existe t-elle partout ?"

https://revuelautre.com/lire-voir-ecouter/parents-enfants-dici-et-dailleurs/adolescence-existe-t-elle-partout/

Rédigé par Marie Rose Moro le Vendredi 7 Septembre 2018


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