Métisse 2018



Édito Transcultur’Aile

Nous sommes des colibris…
« Les colibris » ! Ainsi nous sommes-nous appelés durant notre participation au DU en psychiatrie et compétences transculturelles. Nous venions de pays, d’horizons différents, avec des formations, professions et parcours différents mais à cette appellation, nous nous sentions tout d’un coup appelés par un projet commun avec un sentiment d’appartenance fort et des liens que nous continuons à tisser. Nous étions des colibris, nous sommes des colibris et nous le resterons. Pourquoi les colibris ? Karima Lebdiri, enseignante et participante au DU, l’explique dans un texte intense et plein d’espoir.
« Un jour, dit la légende, il y eut un immense incendie de forêt. Tous les animaux terrifiés et atterrés observaient, impuissants, le désastre. Seul le petit colibri s’active, allant chercher quelques gouttes d’eau dans son bec pour le jeter au feu. Au bout d’un moment, le tatou, agacé par ses agissements dérisoires, lui dit : « Colibri ! Tu n’es pas fou ? Tu crois que c’est avec ces gouttes d’eau que tu vas éteindre le feu ? », « Je le sais, répond le colibri, mais je fais ma part. » Légende amérindienne.
Cette légende amérindienne a été reprise par Pierre Rabhi1 qui déplore la faillite de notre conscience et l’obscurantisme de notre société. Il regrette la maltraitance de la société face à la terre nourricière. Son œuvre se consacre aux rapports entre l’individu et la terre, la nature étant garante de notre pérennité. Il y décrit la souffrance humaine multiforme mais propose des alternatives et offre une vision optimiste du monde à venir :
Que le temps et l’âge ne vous accablent pas, car ils vous préparent à d’autres naissances, et dans vos jours amoindris, si votre vie fut juste, il naîtra de nouveaux songes heureux, pour ensemencer les siècles2
La symbolique du feu, présente dans la légende, nous évoque le monde d’aujourd’hui : la crise des migrants, la radicalisation, la domination, les discriminations, les inégalités sociales que l’école peine à atténuer, le matérialisme et l’individualisme mais le monde à venir peut être meilleur si nous nous engageons dans notre part du colibri. Cependant, le colibri nous invite à penser/panser le monde autrement, face à cette obsession du déclin stérile3, il propose un autre agir qui s’inscrit dans la reliance et l’optimisme. Le colibri se bat pour l’éros, une pulsion de vie « parce que la vie vaut la peine d’être vécue pour elle-même, par elle-même et pour les autres ».
Le colibri se bat pour l’éros, une pulsion de vie « parce que la vie vaut la peine d’être vécue pour elle-même, par elle-même et pour les autres »4.
Outre son engagement pour la vie, le colibri, ce petit oiseau singulier, présente des particularités qui nous invitent à réfléchir à la relation à l’autre et à soi-même. En effet, le mouvement d’ailes du colibri lui permet de voler en arrière et aussi de voler sur place. Ainsi, par son mouvement d’ailes qui lui permet de se déplacer vers l’arrière, il nous appelle à revenir pour reconstruire. Revenir sur ses représentations, ses stéréotypes, ses préjugés afin de les déconstruire mais cette opportunité magique ne peut se faire que grâce à la présence de l’autre.
Que nous soyons psychologues, psychomotriciens, psychiatres, éducateurs, enseignants, orthophonistes, il ne s’agit pas d’une relation à sens unique mais d’une relation intersubjective, intrasubjective et interhumaine qui s’avère enrichissante pour tous les protagonistes.
L’autre particularité du colibri est sa capacité à voler sur place, une belle image qui nous rappelle la nécessité d’apprendre à mettre le « moi en suspens pour mieux accueillir la parole de l’autre afin de « devenir tous et collectivement plus intelligents et plus curieux de soi et de l’autre » »5
Merci à toutes pour votre participation et vos écrits riches et passionnants. Merci à Karima Lebdiri pour les relectures.
Bonne lecture !
Co-coordinatrice : Soumia Kharbouch

1Rabhi P. La part du colibri, L’espèce humaine face à son devenir, Editions de l’Aube ; 2009.
2Rabhi P. Retour à la terre, Terre du Ciel ; 1995.
3Termes empruntés à Marie Rose Moro, « Il faut croire en nos ados pour leur permettre d’inventer l’avenir », Le Monde Festival, AGIR, 16-19 septembre 2016, 3eme édition.
4Ibid.
5Moro MR, Lachal C. Les psychothérapies, Modèles, Méthodes et Indications, Paris : Armand Colin ; 2012.

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Métisse 2018
Rédigé le Lundi 11 Juin 2018




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