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Métisse 2015



Métisse et l'Autre aussi sont Charlie
Métisse est aussi Charlie
"Nous autres les réfugiés"

Métisse et l'Autre aussi sont

Aujourd’hui, c’est encore deuil national. L’AIEP qui s’occupe des migrants et de leurs enfants et qui développe en France et dans le monde une manière de penser et de soigner transculturelle, elle aussi essaie de comprendre. Pourquoi tant de failles dans notre société, pourquoi des individus ont-ils tué dix-dept personnes dans le pays des Droits de l’Homme ? Il est nécessaire de se sentir totalement en marge de ce monde pour tuer l’autre qui me ressemble même si ses valeurs sont différentes, l’autre que je sais forcément, simplement humain. L’AIEP invite à réfléchir aux failles du lien social qui amènent certains de ses enfants à avoir pour seul idéal de tuer, de faire la guerre dite sainte, d’anéantir ses semblables au nom d’une certaine idée de la religion et de l’autre. Elle invite à penser et à écrire ce que l’on pense pour le partager et construire un monde où cette tuerie ne soit plus possible car pas pensable, pas imaginable. 

Envoyez tous vos textes à : Contact , ils seront publiés sur le site de l’AIEP (www.clinique-transculturelle.org) au fur et à mesure et sur celui de la revue L’autre (www.revuelautre.com) 
Les affiliations meurtrières ont mis en relief la haine des libertés d'expressions politiques, religieuses, laïques, humoristiques, de la vie en somme. Au-delà de l'effarement, de la douleur, de la révolte ou de la colère, se pose avec acuité la question de la prévention et d'un travail de fond à moyen et à long terme. Les terreaux du terrorisme sont souvent complexes et multiformes pour autant il y a quelques pistes de réflexion. Il faut des gestes forts vers la communauté arabo-musulmane dont les stigmatisations, les fréquentes humiliations, la ghettoïsation, la pauvreté, le chômage ont fait le lit des dérives meurtrières délirantes. La vacuité de la motivation religieuse souligne un abîme dans lequel se sont construit ces affiliations meurtrières. Les appels au Jihad sont des appels au suicide qui prônent aussi la destruction des liens sociaux. Il est temps de redonner une dignité et une représentation nationale aux importantes minorités françaises et étrangères. Les pistes sont nombreuses et ne demandent qu'un peu de respect de la parole donnée et de courage politique. Monsieur le Pré-sident Hollande tenez la promesse jamais respectée de vos prédécesseurs du droit de vote aux étrangers pour leur donner une place dans la communauté nationale, luttez contre les ghettos scolaires avec le busing et pour la mixité sociale dans les écoles, luttez davantage contre l'échec scolaire, ne supprimez plus de poste de psychologue et de médecin scolaire, ni de conseiller d'orientation. Revivifiez le tissu associatif en voie de disparition avec la perte des subventions. Le plus grand danger pour nos adolescents de parents ou grands-parents immigrés est de ne trouver de place nulle part et de se tourner vers le néant. Ils sont issus de cette proximité de la France avec ses colonies et d'une histoire coloniale douloureuse trop peu revisitée et transmise. Les traumatismes visibles et invisibles dont ces adolescents sont récepteurs sont nombreux, il ne faut pas les abandonner. 

Continuer à penser, à dire et à partager... L’année 2015 doit être encore plus transculturelle !!! 

Paris, Le 10 janvier 2015 

Yoram Mouchenik 
Professeur de psychologie université Paris 13 

Thierry Baubet 
Professeur de pédopsychiatrie, rédacteur en chef de la revue L’Autre 

Marie Rose Moro 
Professeur de pédopsychiatrie, directrice de publication de la revue l’Autre, présidente de l’AIEP
 

Métisse est aussi Charlie

Quand il n’y a plus de mots il reste encore des mots…

Heureusement que face à l’horreur, nos enfants, nos ados, nos jeunes, savent encore et toujours comment faire renaitre en
nous cette fougue, cette envie de continuer, le sourire porteur d’espoir.

Après l’attentat qui terrassa Charlie Hebdo, la rédaction de la revue Métisse et de la revue l’Autre ont reçu bon nombre de
témoignages poignants, parfois sanglants, parfois attendrissants, mais Oh combien réconfortants.
Ce numéro leur sera donc consacré, un numéro spécial de « l’après Charlie » ! Vous y trouverez des textes engagés, des
textes émotifs, des textes d’analyses, des textes critiques, mais tous, parlent de nous, de nos frayeurs, de nos sentiments,
de notre ambivalence, de notre colère.

Et pour redonner la parole à ceux qui savent si bien en user, ce poème introductif intitulé « Petit Rap » écrit par Elie, Feliz
et Samir, tous âgés de 12 ans et tous armés de leurs crayons :

D’République jusqu’à Nation
Oui, tous les Français, on était plus de trois millions
Tous les chefs d’État étaient là
La masse de policiers nous a rassurés
Les proches, les familles ouvrent la marche
France, Allemagne et tous les autres pays
On était rassemblés pour Charlie
François Hollande fier, solitaire.
Parfois, le terrorisme avance
La France est solidaire et nous sommes unis
Charb, Cabu... et tous les autres dessinateurs
Tous les Français, tous ont la même valeur
Non, nous ne faisons pas la calach’ contre le crayon
Grenades et les armes ne sont pas utiles
Paris est ! Paris ! Nous sommes tous Charlie
Par Hollande, Paris est la capitale du monde

Ce numéro spécial permettra, on l’espère, d’ouvrir le débat lors de la prochaine assemblée générale de notre association à
laquelle nous avons le plaisir de vous inviter et qui aura lieu le 20 juin 2015 de 12 h à 14 h à la Faculté de médecine de
Cochin, salle 1509, 24 rue du Faubourg Saint Jacques, 75014 Paris (en face des urgences de l’hôpital Cochin).
Bonne lecture…


Myriam Larguèche
Psychiatre, CH Roger Prevot, CMP d’Asnières
 

"Nous autres les réfugiés"

J’emprunte à Hannah Arendt le titre d’un de ses textes dans son beau livre « La tradition cachée » paru en 2000 en français chez Christian Bourgeois, pour dire notre inquiétude devant l’indifférence de l’Europe face aux réfugiés qui cherchent désespérément à atteindre ses frontières pour sauver leurs peaux et leurs enfants. Ils viennent avec « cet optimisme forcené, voisin du désespoir » comme le dit encore Arendt et, ils se heurtent au refus, aux peurs et aux fantasmes de ceux qui ont la chance de pouvoir rester dans leurs maisons et de penser à demain. Cet optimisme du désespoir déniché par Jean Birnbaum dans Le Monde des livres du 11 septembre 2015 est la force de ces migrants qu’on a bien du mal à accueillir! La France, les Français ont du mal à s’y résoudre si on en croit les réactions des partis politiques, de certains maires et de propos entendus ou vus autour de nous. A chaque fois, on oublie que l’humanité et la fraternité sont les seules réponses possibles face à la barbarie, aux massacres, aux privations de liberté. Certes aujourd’hui l’urgence concerne les réfugiés de Syrie ou d’Irak mais faire un tri entre les réfugiés et les migrants n’est pas la priorité. Tous sont obligés de quitter leur quotidien devenu tragique et inhumain et pour ceux qui sont menacés, ce qui est le cas en Syrie et en Irak, cette simple observation devrait selon le texte du 28 juillet 1951 de la Convention Internationale des Droits de l’Homme, nous obliger à leurs donner un lieu d’asile.

Or, il a fallu attendre une photo d’un enfant mort échoué sur une plage, celle d’Aylan, pour se dire affecté, se sentir touché dans ce qui est le plus profond de nous, notre lien à l’autre. Mais on sait combien ces sentiments s’épuisent et s’oublient. Gare à la pitié dangereuse s’exclamait l’ancien président de Médecins du Monde! C’est troublant de remarquer que la presse française a réagi à cette photo avec vingt quatre heures de retard. Il a fallu que l’Europe s’émeuve et fasse la une sur cet-te photo pour que nous nous rendions compte de l’impact et de la portée symbolique de cette image! Mais que se passe-t-il au pays de Voltaire et des Droits de l’Homme, que nous arrive t’il pour que nous soyons si insensibles au malheur du monde, que nous pensions par avance que cette misère est trop lourde à porter par nous alors même que nous avons à peine commencé. C’est comme si l’idée même inhibait les actes. Nous devrions selon les annonces du Président de la République en accueillir 24 000 en deux ans et seulement 170 sont arrivés aujourd’hui. Or, il y a 4,3 millions de Syriens sur un total de 22 millions qui ont quitté leur pays. L’Europe a accueilli moins de 10% de ces réfugiés syriens et 4 millions sont d’ores et déjà installés dans les pays limitrophes, le Liban, qui est le pays qui en accueille le plus par rapport à sa population, la Jordanie et la Turquie.

A l’heure où nous écrivons ces mots, on a commencé à accueillir des réfugiés à Paris et ailleurs en France, à petites doses et sans le dire, sans le proclamer, sans être fiers de participer à consoler ceux qui sont pris dans la tourmente de l’histoire et des guerres quelles que soient leur nature. C’est pourquoi il nous faut être hospitalier, juste par simple fraternité, juste pour témoigner que l’humanité est un tout et que chaque parcelle doit être portée et préservée comme si elle était unique. Et cela nous fera du bien à nous en retour si nous l’assumons publiquement et individuellement, comme un acte joyeux de simple humanité.

Paris, le 11 septembre 2015

Marie Rose Moro
Présidente de l’AIEP, Directrice de la revue l’Autre, Pr .de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent, Paris
 



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