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Métisse 2012




Des rêves d’exil à l’exil des rêves… Numéro spécial "Colloque du Luxembourg"

« Le processus migratoire est la porte étroite qui permet la traversée du miroir pour aller à la rencontre de l’autre son alter-égo…celui qui va devoir répondre de son identité. De l’autre côté du miroir, l’individu va devoir faire ses preuves en traversant toute sorte d’épreuves et nombre de crises car la traversée du miroir peut contribuer entre autre à fondre l’imaginaire et la réalité : ici, dans le pays natal, on a des visions de « là bas », du pays à découvrir ; là-bas, dans le pays hôte, on a des images idéalisées d’ici, du pays laissé derrière soi... Ce qui incarne la réalité est destiné à décevoir ; ce qui en offre une représentation est un support pour le rêve ». (Fronteau 2000*). Du Rêve d’exil à l’exil des rêves, en choisissant ce thème pour le 14ème Colloque de la Revue L’autre et pour les séminaires préparatoires animés à Luxembourg par les auteurs des textes publiés dans ce numéro, nous avons voulu aborder le rêve comme expérience psychique de l’entre-deux, qui permet d’explorer l’espace, intime ou lointain, le temps entre passé revisité et futur de tous les possibles. Mais également aborder les rêves comme expression d’une souffrance, celle de l’exil, du trauma, du deuil, de l’exclusion ou de la précarité. Initiées dès l’antiquité avec la médecine de sanctuaire fondée par Hippocrate et ses disciples, les vertus diagnostiques et thérapeutiques des rêves vont se développer par les pratiques psychanalytiques et la clinique ethnopsychiatrique. Si les rêves s’enracinent dans les bases originaires infantiles de notre psychisme, ils acquièrent une réalité anthropologique : toute culture à chaque époque tente d’en apporter une signification, une clé, une lecture collective et ritualisée. Les rêves traduisent alors une vision du monde et une conception de la personne. De l’ornirocritie, l’art d’interpréter les rêves, la démarche clinique contemporaine va également tenter de s’appuyer sur approche scientifique des rêves qui montre néanmoins ses limites: le rêve ne se décrit qu’en son absence par les souvenirs mis en récit que l’on partage. Ce numéro en est une belle illustration: les auteurs, porteurs de rêves, nous transmettent leur expérience clinique singulière en référence à une approche transculturelle complémentariste, psychanalytique et anthropologique, où le travail du rêve est un processus qui tente de symboliser le trauma face aux discordances sensorielles, aux clivages psychiques et aux ruptures d’enveloppes que peuvent induire la solitude de la grossesse, les conduites addictives, les persécutions, le deuil,…qui affectent le corps et l’esprit des migrants. *FRONTEAU Joël, Le processus migratoire : la traversée du miroir, in Legault Gisèle, L’intervention interculturelle, Gaëtan Morin Editeur,2000

Marie Rose Moro, Thames Cornette, Jean-François Vervier 
 

Tuer et mourir pour exister ?

Les assassinats de Toulouse et Montauban perpétrés par un jeune homme de 23 ans né en France de parents algériens sont un véritable séisme pour la société française. Phénomène social, psychologique, culturel et politique, nous ne pourrons pas faire l'économie d'une réflexion en profondeur sauf à une tautologie réductrice ; l'acte fou d'un fou. Même si son auteur est un esprit faible, influençable et perturbé comme l'aurait souligné une expertise psychologique, il a obéi à une forme de rationalité et à la structuration de représentations sociales susceptible de donner un sens et une forme de légitimité à ses actes. C'est cet aboutissement à une rationalité perverse, capable d'anéantir l'existence de l'autre, qui nous interroge, remettant en cause la pérennité des liens sociaux. Comment un sujet s'approprie, reconstruit, transforme des réalités sociales, politiques, culturelles extrêmement disparates et se métamorphose pour construire une néo-réalité lui permettant d'effacer toutes distances entre le symbolique et le réel pour assassiner des enfants et adultes juifs devenus directement responsables du malheur palestinien ou abattre de jeunes militaires directement identifiés aux soldats qui combattent les Talibans en Afghanistan. Cette appropriation délirante comme dans un film d'épouvante, ne doit pas, pour autant, nous empêcher de penser et d'explorer plusieurs pistes. Au-delà des meurtres, le comportement de Mohamed Merha est un suicide planifié résultat d'une construction intellectuelle individuelle et collective qui va interroger le genre, l'âge, la génération, mais aussi la place faite aux minorités culturelles, religieuses et sociales, aux formes de racisme et de stigmatisation qui excluent celui qui se sent différent. Par ailleurs, l'investissement narcissique de la figure du justicier héros et martyr est une construction et une transformation de soi faite d'interactions complexes inséparables du façonnage des représentations sociales et symboliques de ses cibles, comme de lui-même. Malheureusement nous avons certainement une part de responsabilité dans cette réverbération aberrante d'un collectif local, national, international, qu'il soit stigmatisation, exclusion, appel et entraînement au meurtre ou à une autodéfense identitaire qui masque non pas une foi religieuse fanatique, mais une fascination pour la violence, les armes létales et souligne l'échec des tentatives successives d'affiliations dans la société française. Au-delà de la place essentielle de l'histoire singulière du sujet, des meurtres abominables et de la douleur des familles, il s'agit également du symptôme d'un échec sociétal majeur que nous ne devons pas accepter comme une fatalité. Ne pas renoncer face à tel gâchis et chercher à comprendre au-delà de la révolte et de l’indignation pour que cela ne se reproduise plus, nous semble être un impératif moral et transculturel. Les questions identitaires se posent pour le meurtrier et pour le choix de ses victimes. Il se percevait comme rejeté et non reconnu, il a effacé l’autre, celui qu’il considérait comme responsable de son malheur interne. Comprendre pour que personne ne se sente exclu du lien social est la seule arme qui vaille contre la violence extrême, qui elle déshumanise et tend à se répéter.

Editorial de Yoram Mouchenik et de Marie Rose Moro
 

Célébrer une diversité apaisée. La belle fête du Dieu Ganesch à Paris

La « Little Jaffna » était en fête ce dimanche et nous y étions, heureux de partager cette grande fête avec les familles tamoules et tous les parisiens, badauds et photographes qui étaient là. Dans ce quartier de la gare du Nord à La chapelle, nombre de Tamouls du Sri Lanka chassés par la guerre ont élus domicile ou s’y retrouvent pour parler ou acheter des fruits, du riz, des étoffes ou des bijoux qui rappellent ceux qu’ils ont perdu. C’est ici que logiquement l’Association tamoule du temple de la rue Pajol, Sri Manicka Vinayakar Alayam a choisi de fêter le Dieu enfant à la tête d’éléphant, Dieu de la sagesse, de l’intelligence, de l’éducation et de l’amour. Ganesch est le fils de la déesse Pârvatî et de Shiva et il est célébré dans tout le monde asiatique par des centaines de millions de fidèles depuis le 7ème siècle. Il est aussi fêté à New York, à Londres et depuis 1985, à Paris. Une de mes voisines disait que c’est le Dieu de tous les recommencements ! Cette fête était belle par ses chars, ses couleurs, par son célèbre lancé de noix de coco, sa musique et ses transes mais aussi parce qu’elle célébrait la diversité à Paris dans un climat d’échanges et de métissages créatifs apaisés et assumés dans notre république. Les enfants habillés de neuf et de couleurs vives regardaient passer le Dieu avec des étoiles dans les yeux et parlaient à leurs frères, à leurs cousins, à leurs amis en tamoul, en hindi mais le plus souvent en français. Ils semblaient n’avoir aucune difficulté à inscrire ce Dieu dans leur panthéon français et à faire un récit compatible avec leur monde d’appartenance désormais français. Le métissage est à l’oeuvre et fait son travail de transformation et de sublimation. Dans la rentrée, j’ai choisi un événement festif et pacifié mais d’autres m’ont mis en colère, comme la manière dont encore aujourd’hui on traite les Roms en France, avec un statut indécent ou le peu de sensibilité aux questions de migrations, même parmi les Politiques les plus sociaux... Résistons, c’est le sel transculturel de la vie...
Paris, le 2 septembre 2012.

Editorial de Marie Rose Moro 
 



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