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Métisse 2010



Et voilà pourquoi votre fille est muette ! Accueillir, discerner et transmettre

Dans Le Médecin malgré lui (Acte II, scène IV), Sganarelle explique à Géronte l’étiologie de la maladie de sa fille avec des explications fumeuses mâtinées de latin de cuisine qui sont totalement incompréhensibles même et surtout pour Sganarelle. La fin est remarquable : « … qui est causée par l'âcreté des humeurs engendrées dans la concavité du diaphragme, il arrive que ces vapeurs... Ossabandus, nequeyrs, nequer, potarimum, potsa milus. Voilà justement pourquoi votre fille est muette. »
• Pourquoi ai-je attendu d’avoir soixante ans pour boire et apprécier mon premier thé ?
• Pourquoi suis-je allé en Amazonie pour avoir ma première initiation à soixante ans passés?
• Pourquoi ai-je arrêté d’un coup de m’excuser à tout bout de champ comme si je regrettais d’avoir fait du mal à quelqu’un ou avoir mal fait quelque chose ?
• Pourquoi recommencer une cure, est-ce bien raisonnable? Je ne le sais pas. Ce que je sais c’est que c’est arrivé, un point c’est tout et tant mieux ! Et voilà pourquoi votre fille est muette ! 

Extrait de l'Editorial de Guy LESOEURS 
 

Les belles chinoises aux ombrelles

Je vous écris de Chine où je suis en voyage…
Ici en Chine, j’ai d’abord été étonnée de la modernité et de la nouveauté. Tout est neuf autour de moi dans cet hôtel où je viens d’arriver dans la cité olympique. Tout autour de moi, tout le monde s’affaire. Je retrouve aussi cette position que l’on trouve si peu chez nous, on s’accroupit dans la rue pour se reposer, pour travailler, pour parler tranquillement avec des amis, pour donner un biberon à un enfant… Tout proche de la terre, avec une agilité qui m’émerveille. Au Pakistan, où j’ai travaillé avec les réfugiés afghans, cette position était la même. La langue anglaise est très peu répandue et il faut s’habituer à ne pas comprendre et ne pas être compris et ceci rend modeste et vous oblige à développer une sensibilité à l’autre différente qui passe moins par les mots et plus par l’observation. Dans la ligne 5 du superbe et rutilant métro de Beijing, celle qui va de Tiantongyuan à Songzhuang, j’ai rencontré un homme infirme accompagné d’une jeune femme aveugle qui tendaient la main pour mendier, personne ne leur donnait rien. Cinq heures plus tard quand je suis rentrée par la même ligne de métro, j’ai vu ces deux personnes continuer à tenter d’inspirer pitié à une foule qui les ignore. Dans le métro, chacun vous bouscule sans même s’en rendre compte. Les rapprochés corporels ne sont pas vécus comme des effractions. Personne ne s’en offusque. C’est vraiment une habitude culturelle. J’ai croisé aussi un homme qui avec un diable branlant déménageait ses maigres biens : une table pliante, un matelas bien usé, une couverture et un drap et une boite en polystyrène qui contenait peut-être des souvenirs, me suis-je dit, une assiette, un verre, des couverts peut-être. Et ces quatre hommes assis sur leurs balluchons qui semblaient venir de la campagne et qui avaient un air effrayé et inquiet. L’un d’eux me voit et se met à rire, il donne un coup de coude à son voisin, qui lève son regard vers moi et qui rit à son tour. Je les amusais visiblement. Je me suis demandée si c’était parce que j’étais une occidentale et que cela les amusait… Ces enfants enfin qui sur la belle place Tienanmen couraient en tous sens avec des pantalons fendus, sans doute parce que pas encore propres. C’est pratique pour apprendre la propreté aux enfants mais je n’avais pas vu de telles manières de faire ailleurs. J’ai souvent vu des enfants fesses nues pour apprendre à être propres mais ces pantalons fendus m’amusaient. La différence est toujours source de sourire ; elle nous surprend, nous touche, elle m’émeut souvent. Les femmes se protè- gent du soleil de mille et une manières, avec de belles ombrelles, avec des parapluies, avec des manches en tissu blanc qu’elles mettent sur leur bras pour les cacher du soleil, avec des gants qui dissimulent leurs mains blanches. Aucune valorisation du bronzage et comme partout cette terrible hiérarchie entre le clair et le foncé. Plus on est clair, plus on est distingué. Tous les enfants ont au moins deux prénoms, l’un qui leur est donné à leur naissance et qui contient les attentes des parents : ainsi une jeune femme rencontrée et qui littéralement s’appelait « paix et bonheur » en chinois mandarin. Lors de l’entrée à l’école, ce prénom deviendra une sorte de sobriquet uniquement utilisé par les membres de la famille, et un second prénom sera donné aux enfants, le nom du livre comme le nommait mon amie chinoise et ce prénom contiendra les aspirations des parents à l’égard du monde extérieur « intelligence et élégance ». 

Editorial de Marie Rose Moro
 

Résister c’est créer

Certes, rien n’est acquis, les politiques, les politiques publiques qui sont si peu publiques justement et essentiellement comptables à court terme, peuvent vouloir remettre en question nos acquis en ce qui concerne les soins adaptés aux migrants, comme par exemple la nécessité absolue de la traduction, d’une traduction bienveillante qui est la première étape de l’hospitalité et l’éthique même de la rencontre. Même si aujourd’hui pour des raisons populistes, les responsables au pouvoir flattent les penchants xénophobes des groupes en situation de crise ou des personnes qui se sentent menacées, ils savent que nous avons raison. Ils savent que l’autre, l’exilé, le migrant, le voyageur, le métis et leurs enfants, les plus vulnérables de notre société sont aussi ceux qui la vivifient, qui la désirent au point de tout quitter pour faire vivre leurs enfants ici ; ils savent ou devraient savoir que tous ces nomades font partie de la modernité et constituent l’essence même de la société contemporaine. Ne pas assumer cette diversité à l’hôpital comme dans la société, c’est courir le risque du retour en arrière et de la violence en retour. En cette période de restriction à l’hôpital, restriction aveugle et souvent abrupte, il est clair que les migrants sont les premiers menacés comme tous ceux qui pour une raison ou une autre, gens du voyage, Roms… sont vulnérables. Pourquoi se former patiemment à la clinique transculturelle qui suppose que l’on apprenne la complexité de l’usage de plusieurs disciplines, comme par exemple la psychanalyse ou la psychiatrie d’une part et, l’anthropologie ou la linguistique d’autre part ? Pourquoi former des traducteurs ou des médiateurs à nous aider à passer d’une langue à l’autre, d’un monde culturel à l’autre ? Pourquoi apprendre aux professionnels à reconnaître leur réaction face à la différence culturelle pour vraiment rencontrer l’autre et, ni le rejeter dans des mouvements racistes ni, se laisser fasciner par sa différence dans une position exotisante qui balaie la subjectivité et la singularité de l’autre ? Parce que tout cela est nécessaire à une clinique humaine et humaniste, la clinique de la rencontre avec les migrants. Il va donc falloir reprendre notre bâton de pèlerin pour défendre cette clinique humaniste là, partout où elle est menacée.  

Editorial de Marie Rose Moro
 

Associer insécurité et étrangers, il en restera toujours quelque chose !

Je suis à New York depuis quelques jours, ville que j’aime beaucoup et depuis longtemps, pour sa diversité culturelle assumée, pour son mouvement, pour sa capacité à nous surprendre. J’entends ce qui se passe en France autour d’abord de la menace de la déchéance de nationalité pour les Français par naturalisation, créant ainsi une catégorie de Français distincts des autres. Puis dans une logique xé- nophobe que l’on ressort dés qu’il faut faire diversion, ce sont les Roms et des gens du voyage qui ont été désignés comme des boucs émissaires de l’insécurité. On les sait coutumiers de telles méthodes de diversion, mais je m’inquiète quand même. Mes amis américains aussi s’inquiètent. Ils croyaient la France incapable d’une telle inhospitalité assumée par les plus hautes autorités de l’état ; ils croyaient la France incapable de telles mesures, par ailleurs inefficaces. L’état français renvoie les Roms dans le pays d’où ils viennent, la Roumanie ou la Bulgarie, sachant qu’ils seront contraints de revenir ; mais symboliquement, ils ont fait quelque chose, ils ont séparé les uns des autres et, ils ont désigné implicitement le responsable de l’insécurité par ailleurs affirmée comme un fait urgent en plein cœur de l’été occupé par les affaires de conflits d’intérêts des dirigeants. J’ouvre Le Monde daté du vendredi 13 août 2010 et j’apprends que L’ONU lui aussi dénonce la montée de la xénophobie en France « Recrudescence notable du racisme et de la xénophobie » à l’instar du Togolais Ewonsan Kokou, les experts du Comité pour l’élimination de la discrimination raciale de l’ONU, réunis le 11 et 12 août à Genève, n’ont pas ménagé la France. Ils mettent en cause les débats des mois passés sur « l’identité nationale » et les récentes déclarations officielles, notamment du chef de l’état sur la déchéance de la nationalité et les Roms (p1). Le rapport dénonce la contradiction « entre l’image exportée à l’étranger et la réalité du terrain » (p.7). L’américain Pierre Richard Prosper, rapporteur du groupe d’experts chargé de la rédaction de ce rapport s’exclame : « Il est temps que vous fassiez vivre les rêves d’égalité et de fraternité ». Qu’est ce qu’un Français d’origine étrangère ? Et comment peut on le déchoir de sa nationalité ? Comment peut-on dans un état de droits prendre en filature des Roms après une garde à vue ? Pourquoi les Roms ont ils encore aujourd’hui en France des carnets de circulation qui les obligent à se déclarer à chaque nouveau lieu de résidence temporaire et qui les prive de certains droits… Autant de questions posées par ce rapport de l’ONU qui ne sont pas qu’actuelles. Les Roms sont dans un statut d’exclus dans notre pays depuis longtemps et c’était donc facile de les choisir comme boucs émissaires… En France non plus, on n’aime pas les nomades et on projette sur eux bien des fantasmes individuels et collectifs faciles à raviver. Il en va pourtant de la responsabilité des Politiques, de ne pas séparer mais au contraire de réunir et de permettre des liens entre les citoyens de notre France que l’on voudrait… douce.

Extrait de l'Editorial de Marie Rose Moro
 



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