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Il était une fois les nouveaux infirmiers psy ?



« Quand je serai grande je serai infirmière psy… » Rires … (je n’y avais même jamais pensé une seconde ! )
« Le transculturel une spécialité ? Pourquoi faire ?… Je baigne dedans depuis que je suis petite ; je n’ai aucun(e) ami(e) français(e) de souche ! »
Tout un tas de certitudes bétonnées qui, pour l’anniversaire des 15 ans de mon Diplôme d’Etat, se sont envolées comme un fétu de paille, suite à mon inscription au D.U. de psychiatrie transculturelle. Cette année d’études a évolué comme une planète à son commencement : tremblements, éruptions, tempêtes, inondations, effondrement. Puis enfin : l’apaisement et le début de quelque chose : Mon identité d’infirmière psy. J’ai donc décidé d’approfondir ce que signifiait « le savoir lié à notre spécialité et sa transmission » : la portée et la résonnance qu’elle pouvait avoir. Pourquoi ces connaissances sont-elles désormais dispensées telles des dogmes dans le cadre de l’Institut de Soins Infirmiers ? L’enseignement d’une discipline aussi complexe et fabuleuse que la psychiatrie ne doit-il se résumer qu’à la dispensation de purs cours théoriques et de travaux pratiques liés à des concepts infirmiers figés ?
 

Parler de psychiatrie infirmière c’est « parler de l’autre avec ses propres mots ». La psychiatrie infirmière c’est avant tout une rencontre entre humains. Tout humain a une histoire : quoi de mieux qu’un conte pour la raconter ? Il y a dans tout acte de conter une volonté de transmission ! Alors, afin de faciliter le concept de psychiatrie transculturelle aux nouveaux venus dans nos services ; j’ai eu l’idée de narrer le récit de vie de deux hommes : l’un corse, l’autre malien. Un petit cas clinique romancé ayant pour but, d’une part ; d’illustrer l’importance à accorder à l’écoute (outil de base de l’infirmier psychiatrique), mais aussi au fait de devoir fréquemment faire voler en éclats ses propres clichés et représentations pour mieux en accepter de nouveaux, pour faire évoluer sa vision des choses et sa pratique professionnelle. Je désirais parallèlement à cela souligner le fait que la psychiatrie n’était pas une discipline poussiéreuse datant d’un autre âge, véhiculée en termes barbares. Mon dossier universitaire(1) expliquait également que l’étranger n’était pas uniquement celui qui venait d’un autre pays mais pouvait être, avant tout, le malade psychiatrique et le patient SDF (sans domicile fixe) suivi par les équipes mobiles de psychiatrie et précarité (UMAPPP). Etranger signifiant à mon sens dans ce cas « hors des normes sociétales quotidiennes ».
 

Les deux héros du conte que j’ai nommé « chjami i rispondi, si on s’était dit » (chjami i rispondi faisant référence à un mode d’expression chanté en Corse) se rencontrent dans une période peu propice : au début du XXème siècle pendant la colonisation. Orsu Petru le corse, s’exile de son île natale afin de fuir la misère et part travailler comme ouvrier dans l’ancien Soudan. Blessé et malade il fait la connaissance de Yara, médecin Dogon qui le soigne. Une rencontre que RIEN n’aurait jamais laissé présumer et pourtant ! Au fil du temps et des situations, nos deux hommes, dont cultures et croyances semblaient aux antipodes vont parler, s’étonner, se taire, se regarder et s’aimer de grande amitié. Sans entrer dans un descriptif comparatif ethnologique ni plagier « les lettres persanes » de Montesquieu ; Orsu Petru et Yara vont créer des ponts entre leurs origines et leurs pays respectifs. Ils découvriront de façon tout à fait fortuite - grâce à des bijoux « de protection » que porte le jeune corse autour du cou - que noirs et blancs ne sont au final sont pas si différents : dans la migration, l’exil, ou la pauvreté, dans la peine, la joie ou l’amour et les croyances et superstitions !!!
 

Si l’on transpose cette petite fiction, on peut aisément comprendre l’importance de l’accueil, l’écoute et la connaissance clinique en psychiatrie. Le travail d’infirmier psychiatrique est à la croisée des chemins entre deux mondes, entre lesquels il fait tiers : celui de l’étrange (véhiculé par le patient) et celui de sa clinique (étayée par l’expérience, les lectures, les formations etc…). Un peu comme le ferait le sorcier qui fait communiquer deux mondes ; l’un apportant à l’autre (à défaut des réponses une voie à explorer, une marche à suivre). Dans « Chjami i rispondi », les certitudes voltigent, les rebondissements sont rois : provocant tour à tour peur, étonnement, incertitude, tristesse, colère et rires : des émotions, synonymes de vie ; à l’opposé de ce que la psychose dégage de mortifère. Or, il semblerait que ce soit bien de vie dont les résidents de l’hôpital psychiatrique (intra et extra hospitalier confondus) soient friands ! Sinon que viendraient-ils chercher ?

D’où mon questionnement premier : pourquoi enseigner aux élèves infirmiers la psychiatrie de façon figée à la manière d’un schéma d’anatomie ? A chaque individu sa conception de la maladie et de la souffrance et à chacun son histoire personnelle et ses problématiques. En tant que professionnels de santé nous sommes là pour créer « le point zéro de la rencontre »(2) et faire des ponts, faire s’articuler ensemble tant bien que mal deux mondes : celui de la folie et celui de la réalité (qui n’est pas forcément plus gai) en empruntant parfois des chemins qui s’apparentent souvent au « bricolage » (entretien informel), au rituel (sortir fumer LA sacro-sainte clope) et en adoptant un peu tous les costumes et les rôles. La vie étant une éternelle représentation.

Virginie ROSSI, le 3 février 2017
Promotion ISILA 2015-2016 DU de psychiatrie et compétence transculturelle.
 
 

Bibliographie

Dossier universitaire Virginie Moustraire Rossi « chjami i rispondi, si on s’était dit ». Promotion ISILA 2015-2016 DU psychiatrie et compétence transculturelle. Sous la Direction de Madame Amalini Simon. Université Paris Descartes, Faculté de médecine de l’hôpital Cochin, Paris.
Jean Oury et Patrick Faugeras «  Préalable à toute clinique des psychoses » Editions Erès.
 



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