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De la disparition au deuil chez les orphelins de la Shoah


Henri me téléphone en janvier 2002, il a appris mes investigations sur les juifs hospitalisés pendant l'occupation, par une connaissance commune. Lui-même interné dans les camps du Loiret et à Drancy à l'âge de 5 ans, a été hospitalisé dans un hôpital général. Il est orphelin de ses deux parents et de son frère, mort dans les camps d'extermination, sa survie ne tient qu'à un extraordinaire concours de circonstances. Il n'a aucune mémoire de cette époque. C'est un homme maintenant à la retraite, qui passe beaucoup de temps à reconstruire une mémoire absente. Il est très volubile. Il m'informe d'une réunion qui va se tenir, dans quelques jours, chez madame Y, où se regroupent presque pour la première fois des enfants des déportés du convoi X, partit de province en juillet 1942. Ces orphelins de la Shoah ont pris depuis une dizaine d'années le nom « d'enfant cachés (1) ». C'est en se fondant dans la population française, confié par leurs parents ou par des organisations résistantes de sauvetage des enfants, alors qu'ils étaient déjà séparés de leurs parents, arrêtés ou traqués, qu'ils ont pu, le plus souvent, survivre à leur famille et échapper au projet d'extermination nazi, malgré les complicités de l'État Français.

Je demanderai à mon interlocuteur la possibilité d'être présent à cette réunion, pour rencontrer des gens qui puissent contribuer à mon investigation. À partir de cette première réunion, je serai vite saisi, entre l'effroi et l'identification, la distance ou la proximité. Ce regroupement venant interroger mon histoire familiale et ma subjectivité, j'ai eu le souhait de continuer à côtoyer ce groupe et de suivre le cheminement de leur projet collectif.


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Texte initial :
Mouchenik Y. De la disparition au deuil chez les orphelins de la shoah. L'autre, Cliniques, Cultures et Sociétés 2004 ; 5(1) "Les mondes de la nuit" : 129-41.







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