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Contre le séparatisme mais pour la transmission des langues familiales



Nous enseignant (e)s, chercheur(e)s du Cnrs, de l’Inserm et des universités, soignants, artistes et praticiens de terrain, sommes inquiets suite aux propos du Président Emmanuel Macron tenus à Mulhouse le 19 février 2020 sur l'islamisme en général et sur l'enseignement des langues vernaculaires pour lequel nous avons mené des combats depuis des années.
 
Sur des traces dangereuses, le Président ne tient pas compte de la diversité de la prétendue « communauté musulmane » et ne met en avant que les éléments radicaux comme si, à propos du catholicisme, il ne considérait que « la manifestation contre le mariage pour tous », les charismatiques, le clergé pédophile ou, dans le judaïsme, que les fanatiques du Betar ou, dans le protestantisme, que les dérives évangélistes… Oui les Musulmans sont divers comme sont divers les Arabes, les Iraniens, les Pakistanais, les Wolof ou les Bambara, pourtant tous musulmans de façon diverse.
 
La plupart de ces prétendus membres de la « communauté musulmane » sont porteurs d’une histoire coloniale violente (les enfumades du XIXème siècle dans les grottes des Aurès, les viols collectifs, la guerre d'Algérie…) et gardent dans leurs mémoires la prédation ancienne et actuelle que subissent leurs pays. Ils ont besoin de se construire dans la République, tout en gardant ou retrouvant la langue de leurs parents ou grands-parents. Ils ont besoin de connaitre leurs généalogies, l'écriture de leurs langues, leur culture. Ils ont besoin de pratiquer, s'ils le désirent, leur religion ou d'être athées. Ils doivent pouvoir connaître l'élaboration du Coran, comme d'autres celle de la Bible, les œuvres littéraires et poétiques Khamseh de Nizâmi, et le Trésor des secrets, l'isrâ' (en arabe  إسراء « voyage nocturne », venant du verbe سرى [sara'a], « voyager la nuit ») ou le  mi`râj (معراج, « échelle, ascension »), comme d'autres Balzac, Hugo, Verlaine. Cela éviterait de penser que le monde a été créé en 6000 av JC. 
 
Comment le faire sans connaître sa langue et sa culture ? On apprend à parler dans sa langue familiale d’où l’importance de cette langue qui doit être enseignée pour la richesse de ce qu’elle représente mais aussi pour bien parler la langue française. Tous nos travaux le démontrent depuis plus de cinquante ans, alors pourquoi s’en prendre à l’apprentissage des langues maternelles et faire l’amalgame avec la religion et avec des imams radicaux non respectueux de la République. On peut certes intégrer cet apprentissage de la langue maternelle dans l’enseignement scolaire et le réformer totalement, certains d’entre nous le demande depuis longtemps, mais simplement annoncer la disparition des ELCO sans réaffirmer l’importance des apprentissages linguistiques et du plurilinguisme et sans dire comment l’apprentissage du plurilinguisme va se faire, c’est vraiment dommage. Si les ELCO doivent disparaître, la transmission de la langue maternelle doit être renforcée !
 
La recherche sur le plurilinguisme s’oppose depuis toujours à ces préjugés et voilà qu’en quelques minutes, on jette l’opprobre sur la transmission des langues sans tenir compte des données de la recherche. Avoir plusieurs langues est une chance, une richesse pour les enfants de migrants et tous les autres, les enfants de la République ! Le plurilinguisme est une chance sur le plan cognitif, affectif et sur le plan social. Pouvoir parler plusieurs langues, outre l’importance des langues maternelles (ou paternelles) si elles ne sont pas celles du pays, c’est offrir à tous les enfants la chance de biographies « plurilingues », la possibilité d’accéder à au moins une langue différente de leur langue maternelle ou de la langue dominante du pays où ils vivent. Et cela fait du bien aux enfants, aux adolescents et même aux adultes, dans l’imaginaire et dans la réalité. Et plus les enfants apprennent ces langues précocement, plus c’est aisé pour eux. 
 
Valoriser les langues et les cultures des citoyens français venus d’ailleurs ouvre la société à la différence et prévient le repli identitaire. Les cultures familiales de ces parents venus d’ailleurs doivent être valorisées, à leurs yeux, aux yeux de leurs enfants et de la société tout entière. 
 
Pour la plupart issu(e)s de migrations ou de familles modestes, nous avons vu le système de méritocratie républicaine se transformer de plus en plus en un système de « reproduction sociale et culturelle des élites ». La valorisation du plurilinguisme et de la transmission des langues s’oppose à cet entre-soi. C’est la seule façon de créer une société apaisée où chacun a sa place.
 
Ne devrait-on pas enfin distinguer le Ministre de l’Intérieur et des cultes du Ministre des cultures et des langues ?
 
 
Premiers signataires : Jean-Pierre Vallat (Professeur, Université de Paris), Marie Rose Moro (Professeure, Université de Paris), Ranka Bijeljac-Babic (Université de Paris et association Bilingues & plus), Véronique Nahoum-Grappe (IIAC, EHESS Paris), Ricardo González Villaescusa (Professeur, Université Ouest Nanterre), Xavier Lafon (Professeur, Aix Marseille), Thierry Baubet (Professeur, Université Sorbonne Paris Nord), Colette Vallat (Professeure émérite, Université Paris Ouest Nanterre), Fatima Touhami (Psychologue, Université de Paris), Marion Le Goas (Infirmière, Paris), Andrea Diaz-Maldonado (Psychologue, Paris), Fumie Todo (Psychologue, Paris), Jonathan Ahovi (Pédopsychiatre, Besançon), Amalini Simon (Psychologue, Paris), Alice Rizzi (Psychologue, Université de Paris), Françoise Barthélemy-Toraille (traductrice littéraire, Maître de conférences honoraire, Langues, littérature et civilisation germaniques, UPEC), Danica Bijeljac (artiste-photographe-plurilingues et pluridisciplinaires, iconographe du Courrier de l'UNESCO), Laurianne Cabrera (Chargée de Recherche, CNRS, Université de Paris), Zohra Zerrougui (Formatrice), Séverine Durand-Gasselin (orthophoniste, administratrice association : bilingues & plus), Slobodan K. Bijeljac (artiste-peintre-sculpteur), Sawsan Awada-Jalu (gérante de ZENOBI),Thierry Nazzi (Directeur de recherche, CNRS, Université de Paris), Barbara Mattison;(psychanalyste et formatrice), Marion Feldman (Professeure, Université Paris Nanterre), Marie-Caroline Saglio-Yatzimirsky (Professeur Inalco, psychologue),Yoram Mouchenik (professeur, Université Sorbonne Paris Nord), Coralie Sanson (orthophoniste, logopédiste, photographe, Paris / Genève), Malika Mansouri (Maitre de conférences, Université de Paris), Assal Abdul Nayef (Interne en psychiatrie, Paris), Malika Bennabi (Maitre de conférences, Université d’Amiens), Patrick Flores (Praticien Hospitalier, Avicenne), Olivier Taieb (Praticien hospitalier, Avicenne), Aymeric Reyre (Psychiatre, CESP INSERM, Villejuif / Genève), Hélène Riazuelo (Professeure, Université Paris Nanterre), Jean-Claude Moulin (Psychiatre, Fondation Elan Retrouvé, Paris), Laura Rakotomalala (Psychologue, Education Nationale), Serge Bouznah (Médecin de santé publique, Centre Babel), Houria Touhami (Avocate Barreau de Paris), Thames Borges (Psychologue, Luxembourg), Hawa Camara (Psychologue, Paris), Chryssanthi Koumentaki (Psychiatre, Paris), Alessandra Mapelli (Psychologue, Université Sorbonne Paris Nord), Sara Skandrani (Maître de conférence, Université Paris Nanterre), Brigitte Moise-Durand (Pédopsychiatre, psychanalyste, SPP), Nathalie Lambert (pédopsychiatre, Avicenne), Isabelle Réal (Psychanalyste, Avicenne), Claire Laffitte (infirmière, Avicenne), Uyar Ulas (Chargé de cours, Paris 8), Abderramane Benkerroum (Président de la fédération des marocains de paris, Les amis de Figuig), Zineb Mantrach (Psychologue et psychomotricienne, Bordeaux), Elise Drain (Pédopsychiatre, Bobigny), Uyar Ulas (Chargé de cours, Paris 8), Philippe Duonze (Syndicaliste et militant des droits de l’homme), Sophie Mendelson (Psychanalyste), Valérie Marange (psychanalyste), Zohra Harrach Ndiaye (Juriste, Anthropologue du droit), Djalila Dechache (critique littéraire), Salima Khelifa (Psychiatre), Aline Namessi (Psychologue clinicienne), Marta Fumagalli (psychologue, Paris), Anna Stevanato (directrice de l’association DULALA), José Morel Cinq-Mars (Psychologue), Thamy Ayouch (Professeur Université Paris Diderot, Psychanalyste), Birahim Soumare (ex ambassadeur du Mali à Ankara), Mireille Nathan-Murat (Psychologue, Psychanalyste), Marianne Ponthus (Psychologue, Rennes), Sevan Minassian (Praticien Hospitalier, Cochin), Rahmeth Radjack (Praticien Hospitalier, Cochin), Marianne Coudry (Professeur, Université de Mulhouse), Nicole Avravanel (Université de Picardie)…



Pour signer cette pétition, merci de cliquer sur ce lien



Article paru dans La Croix, 4 mars 2020 : https://www.la-croix.com/Debats/Forum-et-debats/Contre-separatisme-transmission-langues-familiales-2020-03-04-1201082061

 



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